Longtemps restés en marge du débat, les évêques catholiques entrent de plain-pied dans le sujet du changement ou non de la Constitution. Après avoir consulté le camp de la majorité, à travers le premier vice-président de l’Assemblée nationale, Jean-Claude Tshilumbayi, et celui de l’opposition, représenté par Delly Sessanga, leader du parti Envol, la CENCO a tranché en rejetant ce projet.
Par Patient MBY
Lors d’une conférence de presse ce samedi 20 juin, le Monseigneur Donatien N’shole, secrétaire général de la CENCO, a critiqué le narratif de l’Union sacrée sur la souveraineté du peuple en tant que constituant primaire, ayant le pouvoir de faire et de défaire ses lois à la lumière de l’article 5 de la Constitution du 18 février 2006. Le prélat a décrit un peuple « fantôme » utilisé par les hommes politiques pour leurs intérêts, notamment lors des élections.
Ce discours mettant en avant le côté prolétaire des Congolais, sollicités pour servir des ambitions politiques, revient à déconstruire l’argument du régime en place, qui attribue au peuple congolais le pouvoir de changer la Constitution par la voie du référendum.
« Souvent, les gens nous amènent des discours comme quoi le peuple va trancher, le peuple va trancher. Mais moi, je pose la question : c’est quel peuple ? Le peuple fantôme qui ne m’apparaît que pendant les élections ? Le peuple fantôme capable de voter à mille dans une chambre par une machine à voter ? Le peuple fantôme qui vote dans des bureaux qui n’ont pas d’adresse ? Non, on n’est pas naïfs », a déclaré Mgr Donatien N’shole.
Le coup de gueule du prélat va au-delà du verdict de la CENCO. Donatien N’shole a vivement critiqué les prises de position de certains partisans du changement de la Constitution qui, selon lui, n’auraient pas la maîtrise de la matière et ignoreraient les dispositions à réformer dans la loi fondamentale.
« Beaucoup de gens qui sont dans cette campagne-là ne connaissent même pas les articles de la Constitution à changer, ni pourquoi on doit les changer. Mais il y a un problème : s’il y a des élections en 2028, comme c’est prévu dans la Constitution, qu’est-ce que ça deviendrait ? Je suis déjà déconcerté, donc je ne comprends pas ce que cela représente pour mon avenir », a-t-il ajouté.
La Conférence épiscopale nationale du Congo invite le président de la République à ne pas céder aux influences de son entourage qui, d’après elle, vise à préserver des intérêts personnels plutôt que nationaux.
« Voilà pourquoi c’est une responsabilité pastorale des évêques de demander au Président de la République de ne pas être distrait par les intérêts des uns et des autres. L’intérêt de la nation, c’est le respect de la loi. Ce n’est pas pour rien qu’il a prêté serment, non seulement devant Dieu, mais aussi devant la nation. C’est cela son intérêt. Ce n’est pas que nous doutions de lui, mais c’est un homme qui peut être influencé par les gens, n’est-ce pas ? », a souligné le prêtre.
Comme sous le régime de Joseph Kabila, la position de la CENCO reste inchangée sur la question de la Constitution. L’Église catholique réaffirme son engagement à défendre l’ordre constitutionnel.













