La suspension d’Hervé Diakese a remis sur la table les problèmes qui existent au sein d’Ensemble pour la République. Il y a quelques jours, le porte-parole suspendu du parti avait publiquement défendu Olivier Kamitatu, alors que les relations entre certains caciques de la formation politique étaient déjà tendues. Il avait notamment déclaré que toute personne qui s’en prendrait à Kamitatu, y compris Moïse Katumbi ou Salomon Idi Kalonda, le trouverait sur son chemin. Des propos qui ont suscité de nombreuses réactions au sein d’Ensemble, jusqu’à déboucher sur la suspension de Diakese.
Par Charles Muhindo
La sortie médiatique de l’ancien porte-parole du parti est intervenue quelques jours seulement après l’enterrement de la hache de guerre entre Olivier Kamitatu et Salomon Idi Kalonda. Après une longue période de tiraillements, les deux hommes avaient fini par se réconcilier, donnant l’impression que leurs différends étaient désormais derrière eux.
Mais les propos d’Hervé Diakese ont ravivé les tensions et remis le sujet au centre des débats. Depuis, certains analystes s’interrogent sur l’avenir de plusieurs cadres au sein du parti, alors que d’éventuelles démissions sont même évoquées.
Pour Jean-Jacques Wondo, ancien conseiller-expert en matière de sécurité de Moïse Katumbi entre 2018 et 2021, il ne faut pas réduire cette situation à un simple désaccord entre quelques responsables. Selon lui, les difficultés actuelles seraient plutôt liées à des frustrations accumulées au fil des années ainsi qu’au fonctionnement interne du parti depuis sa création.
« La crise qui couve actuellement au sein de son parti, Ensemble pour la République, n’est ni anodine ni un simple épiphénomène. Elle apparaît plutôt comme la manifestation de divergences d’approche, de frustrations accumulées au fil des années et, surtout, de l’absence de véritables débats internes sur les grandes orientations stratégiques que le parti doit adopter dans cette période cruciale, marquée par des enjeux multiples », explique-t-il sur X.
Jean-Jacques Wondo appelle ainsi Moïse Katumbi à prendre l’initiative pour tenter de résoudre cette crise. Il propose que le président d’Ensemble rencontre séparément les responsables concernés afin d’écouter leurs griefs, avant de réunir un petit groupe de cadres pour discuter ouvertement des causes profondes de la crise.
Il estime également nécessaire de clarifier les responsabilités au sein du parti, le chevauchement des rôles pouvant, selon lui, favoriser de nouvelles tensions.
« Une réconciliation immédiate entre les différents protagonistes serait sans doute difficile à obtenir à court terme. En revanche, une nouvelle dynamique pourrait progressivement se construire, à condition de parvenir, dans un premier temps, à instaurer un climat de travail plus serein, fondé sur la confiance, le respect mutuel, la communication interne et le sens des responsabilités », poursuit-il.
Une éventuelle vague de départs affaiblirait-elle Katumbi ?
Mais si certains responsables venaient à quitter Ensemble pour la République, cela signifierait-il nécessairement un affaiblissement politique ou électoral de Moïse Katumbi ?
Un analyste estime qu’il faut faire la distinction entre un parti politique et une candidature à la présidentielle. Si un parti peut porter un candidat, il ne peut, à lui seul, lui garantir les voix nécessaires pour remporter une élection nationale.
« En RDC, on élit d’abord un homme, un candidat, pas un parti politique. Aucun parti n’a, à lui seul, fait élire un président de la République. Félix Tshisekedi, Joseph Kabila, Moïse Katumbi, Vital Kamerhe… peuvent être portés par un parti, une coalition ou, le moment venu, choisir de se présenter en indépendant », rappelle-t-il.
Cette analyse trouve une illustration dans le cas de Moïse Katumbi. En 2023, sa candidature avait été soutenue par plusieurs partis et avait obtenu des voix au-delà du seul électorat d’Ensemble pour la République. Pour une prochaine présidentielle, il devra donc, une nouvelle fois, chercher à élargir sa base électorale en nouant des alliances avec d’autres formations politiques ainsi qu’avec différentes forces sociales.
Dans cette perspective, le principal défi pour Ensemble sera d’éviter que ses divergences internes ne continuent de s’exposer publiquement. Toutefois, même si certains cadres venaient à quitter le parti, cela ne signifierait pas automatiquement que Moïse Katumbi perdrait son poids politique.
Pour lui, le véritable enjeu sera surtout de savoir comment reconstruire, autour de sa candidature, une force politique suffisamment large, en s’appuyant sur d’autres formations et différentes composantes de la société, afin d’aborder la prochaine présidentielle dans les meilleures conditions.













