Dans l’histoire des crises sécuritaires congolaises, le 23 mars n’est plus un simple jour. Alors que le pays est de nouveau confronté à un conflit majeur dans sa partie orientale, les Congolais se souviennent, ce lundi, d’une date devenue comme une porte d’entrée au malheur dans l’est de la République. Car, les évènements liées au 23 mars ont marqué plus d’une décennie. En effet, c’est de là qu’est venu le nom du M23, groupe armé qui contrôle aujourd’hui plusieurs agglomérations dans le Nord-Kivu et Sud-Kivu.
Par Gédéon ATIBU
En 2007, au lendemain de toutes premières élections considérées comme les premières démocratiques et pluralistes depuis l’indépendance, un conflit armé éclate, alors qu’il y a quelques années seulement, le pays sortait d’une prise majeure menée par les milices MLC, RCD, RCD/KML, RCD/N etc.
A la tête du nouveau mouvement, se trouve notamment le Rwandais Laurent Nkunda, devenu général de l’armée congolaise par la force des choses. En 2004, avec un autre officier, Jules Mutebushi, celui-ci avait même déjà réussi à contrôler momentanément la ville de Bukavu (Sud-Kivu) avant d’en être chassé par le général Mbunza Mabe.
Utilisé par le Rwanda, l’ex-chef de guerre imposera alors une guerre d’envergure contre le Nord-Kivu où il parvint à conquérir des pans entiers du territoire national. Il réussit même à frapper aux portes de Goma. Mais, en 2008, la guerre s’intensifie fortement et contraint les autorités congolais à envisager une solution politique au conflit. Ainsi, en 2009, Laurent Nkunda est arrêté par le Rwanda et, Bosco Ntaganda, son successeur, accepte de négocier avec Kinshasa grâce à l’accompagnement des États sous-régionaux. Ce qui a permis d’ouvrir la voie à un accord de paix signé le 23 mars 2009, qui acte l’intégration des éléments du CNDP au sein de l’armée congolaise.
Sauf que l’accord n’a pas marché comme Kinshasa n’entendait suite à la mauvaise intégration des troupes rebelles ou au non respect de certaines promesses (soldes, grades, etc), la méfiance persistante entre Kinshasa et les ex-CNDP qui accusent le gouvernement de ne pas respecter les clauses.
En 2012, une partie de ces ex-rebelles intégrés au sein des FARDC se mutinent, se retranchent dans les forêts du Nord-Kivu où ils créent un nouveau groupe armé : le M23 (Mouvement du 23 mars) faisant allusion aux accords du 23 mars 2009 dont ils réclament la mise en oeuvre. A leur tête, Bosco Ntaganda et Sultani Makenga.
En novembre 2012, les combats repris quelques mois plus tôt sont marqués par la chute de la ville de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu. Julien Paluku alors gouverneur ainsi que son gouverneur vont fuir l’entité avant de la regagner quelques jours plus tard grâce aux voies diplomatiques intenses engagées par Kabila. Un an après, soit en novembre 2013, le M23 est totalement défait par les troupes congolaises menées de main de maître par le général Bahuma et le colonel Mamadou.
Cependant, en 2007, autour de Sultani Makenga, des résidus du groupe armé qui s’étaient réfugiés en Ouganda sont signalés dans les collines de Sarambwe sans être trop menaçants. En 2020, après son accession au pouvoir, Félix Tshisekedi prend langue avec eux à l’Hôtel Fleuve Congo de Kinshasa sauf que leurs échanges tournent au vinaigre. En novembre 2021, après être hébergés 14 mois durant dans la capitale congolaise aux frais de l’Etat, ces hommes vont reprendre les hostilités d’envergure jusqu’à conquérir, le 13 juin 2022, la première plus grande agglomération : la cité frontalière de Bunagana. Depuis, ils sont parvenus à s’emparer de plusieurs autres villes et cités dont Goma, Bukavu et momentanément Uvira.













