Accusé d’être l’ombre derrière les rébellions, Joseph Kabila contre-attaque. Dans une sortie médiatique millimétrée, l’ex président dénonce des allégations infondées et sort des griffes contre les institutions actuelles. Une mise au point musclée où l’humour sur sa discrétion cache à peine une ambition politique toujours intacte.
Par MEDINA.
Dans un entretien exclusif accordé au quotidien américain The New York Times, l’ancien président Joseph Kabila a brisé un long silence médiatique. Depuis Goma, l’ex-chef de l’État a balayé d’un revers de main les accusations de complicité avec les mouvements rebelles, tout en remettant en cause la légitimité du régime de Félix Tshisekedi.
Face aux soupçons qui pèsent sur son entourage et les rumeurs de liens avec les groupes armés qui sanglantent l’Est de la République, Joseph Kabila s’est montré catégorique. Utilisant la troisième personne pour marquer sa distance, il a qualifié ces allégations de » stupidité ». Pour lui, tenter de l’associer à une quelconque insurrection relève d’une manoeuvre politique sans fondement.
L’ancien président ne s’est pas contenté de se défendre ; il est passé à l’offensive politique. Très critique envers les institutions en place, il a ouvertement qualifié le pouvoir de son successeur, Félix Tshisekedi, d’« illégitime ». Cette déclaration marque une rupture nette avec la réserve qu’il s’était imposée depuis son départ du Palais de la Nation.
Au-delà de la politique pure, l’entretien a révélé un Joseph Kabila plus intime, presque philosophe sur son retrait de la vie publique. Évoquant sa discrétion extrême et son mode de vie actuel, il a confié avec une pointe d’humour
« J’ai l’impression de vivre dans une grotte depuis longtemps. Je suis devenu un homme des cavernes » dit-il
Cette sortie médiatique, réalisée dans une zone de conflit, résonne comme un signal fort. Entre déni de rébellion et contestation du pouvoir, l’ancien « Raïs » prouve qu’il reste, même depuis sa grotte , un acteur central et imprévisible de la scène politique congolaise.
Reste à savoir si cette sortie de sa grotte est un simple droit de réponse ou le premier acte d’un retour politique plus frontal car l’on se rappelle d’un discours musclé de fin mai 2025, suivi de son installation à Goma, laissait qui présager une contre-offensive d’envergure. Pourtant, les faits racontent une tout autre histoire. Loin d’être intimidé, le pouvoir actuel a méthodiquement démantelé l’état-major du PPRD. Les arrestations en cascade d’Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent, et d’Aubin Minaku, vice-président du parti, marquent un tournant, le régime Tshisekedi ne recule plus.
Face à ces humiliations politiques, la réaction du camp Kabila est restée cantonnée à la communication. Aucune pression populaire, aucun levier institutionnel n’a été activé pour obtenir la libération de ces poids lourds. Cette inertie expose au grand jour les limites de la force de frappe réelle du sénateur à vie mais une chose est sûre ; le silence du Raïs est désormais rompu.












