15 mai – 15 juillet 2026, deux mois jour pour jour après la déclaration officielle de la 17e épidémie de la maladie à virus Ébola dans la province de l’Ituri, la maladie semble s’enliser. Partie d’une rumeur négligée à Rwampara puis à Mongbwalu, la souche Bundibugyo a, en environ 60 jours, pris une ampleur nationale et internationale.
Par Patient MBY
Chaque jour, le virus progresse, les décès s’accumulent tandis que le nombre de guérisons stagne. Selon les statistiques officielles, au moins 2 011 personnes sont atteintes d’Ébola, 754 décès ont été enregistrés, 366 personnes sont guéries et 753 patients sont hospitalisés. À en croire ces données publiées par le ministère de la Communication et des Médias, le nombre de décès représente plus du double des guérisons notifiées, preuve que la maladie tue à grande vitesse.
La République démocratique du Congo est en passe de vivre l’une des épidémies d’Ébola les plus meurtrières de son histoire, après celle de 2018 qui avait fait 2 287 décès sur 3 470 cas confirmés, répartis dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, sous la souche Zaïre. En 2026, la 17e épidémie de la maladie à virus Ébola a déjà atteint cinq provinces de la RDC, à savoir l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo, ainsi que l’Ouganda voisin. Cette propagation à un rythme soutenu laisse craindre une catastrophe sanitaire.
Après la déclaration officielle de la maladie, des organisations internationales et régionales, notamment l’OMS et Africa CDC, se sont mobilisées pour apporter un soutien humanitaire aux efforts de riposte. Pour lutter contre cette maladie, le directeur général d’Africa CDC, le docteur Jean Kaseya, a élaboré un plan de riposte estimé à 1,4 milliard de dollars américains. Sur les 910 millions de dollars promis, au moins 13 % ont été mobilisés, selon les dernières informations. Un montant encore faible face aux défis de cette épidémie.
La RDC peut-elle arrêter Ébola ?
Le ministre de la Santé, de l’Hygiène et de la Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba, multiplie les visites en Ituri et au Nord-Kivu afin d’inspecter les activités de terrain. Les efforts de riposte se heurtent toutefois à l’insécurité grandissante dans certaines zones difficiles d’accès. À cela s’ajoute le non-paiement des prestataires de l’équipe de riposte, qui vient allonger la liste des difficultés auxquelles le gouvernement et ses partenaires sont confrontés. Ces insuffisances de financement, combinées aux contraintes sécuritaires, pourraient favoriser la progression rapide de la maladie à virus Ébola.
Depuis sa découverte, la souche Bundibugyo ne dispose toujours pas d’un traitement spécifique. Les guérisons signalées résultent d’une prise en charge holistique des patients, à qui sont administrés des soins adaptés aux symptômes présentés. Depuis près de trois mois, l’OMS mène un essai clinique sur quatre vaccins candidats afin d’identifier celui qui sera efficace contre cette souche. Par ailleurs, la France apporte une expertise scientifique en soutenant l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) dans le séquençage génomique de la souche Bundibugyo, tandis que le gouvernement avait manifesté son intention de solliciter un anticorps monoclonal auprès des États-Unis. Jusqu’à présent, ces recherches n’ont pas encore produit les effets attendus.
Certains observateurs s’interrogent sur l’absence de traitement contre cette souche, alors qu’elle n’est pas nouvelle en RDC. En 2012, le virus Bundibugyo avait sévi en Ouganda et à Isiro en RDC. Ils recommandent aux experts de s’appuyer sur cette expérience passée afin de mieux faire face à la crise sanitaire actuelle.
Le virus poursuit sa propagation vers d’autres horizons. Le gouvernement et les organisations engagées dans la riposte renforcent leurs efforts pour endiguer une maladie qui s’avère être un véritable diable à multiples têtes.













