Dialogue national en RDC : Le refus du M23 d’y participer compromet-il déjà les chances de réussite de l’initiative ?

Dialogue national en RDC : Le refus du M23 d’y participer compromet-il déjà les chances de réussite de l’initiative ?

L’annonce du dialogue national inclusif par Félix Tshisekedi suscite beaucoup d’attentes. Le chef de l’État veut réunir les différentes composantes du pays pour tenter de trouver une solution à la crise politique et sécuritaire qui secoue la RDC. Mais avant même le début des discussions, un premier obstacle de taille apparaît. L’AFC/M23, qui reste l’un des principaux acteurs de la guerre dans l’est du pays, affirme déjà qu’il ne participera pas à cette initiative.

Par Charles Muhindo

Dans une vidéo diffusée le lundi sur les réseaux sociaux, le coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, a rejeté toute idée de dialogue avec le pouvoir de Kinshasa. Il affirme que la solution ne passe pas par « un dialogue ou des compromis hypocrites » avec un régime qu’il accuse de ne jamais respecter ses engagements. Selon lui, la priorité est plutôt de refonder l’État en mettant en place une armée forte, une police qui protège les citoyens, une justice indépendante et une administration efficace.

A la suite de cette déclaration, une question importante se pose désormais : un dialogue peut-il atteindre son objectif si l’un des principaux acteurs de la crise refuse d’y participer ? En effet, le dialogue annoncé par Félix Tshisekedi ne vise pas seulement à concilier les acteurs politiques. Il est aussi censé contribuer à mettre fin à la crise sécuritaire qui dure depuis plusieurs années dans l’est du pays.

Or, l’AFC/M23 est aujourd’hui au cœur de cette crise. Le mouvement contrôle plusieurs territoires dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et engagé dans une guerre sans issue avec le gouvernement congolais. Si cette rébellion décidé de rester en dehors du dialogue, il sera difficile de parler d’un processus réellement inclusif, comme le réclament depuis plusieurs mois plusieurs acteurs politiques, religieux et des organisations de la société civile, même si à ce stade, c’est avant tout le M23 qui décide d’y renoncer avant que Kinshasa ne précise s’il était disposé à dialoguer même avec la composante armée.

Et, avec les déclarations déclarations de Corneille Nangaa, il y a lieu de noter qu’entre Kinshasa et le M23, la méfiance demeure grande et que le courant peine à passer. En accusant le régime Tshisekedi de ne pas respecter ses engagements, le chef de l’AFC/M23 laisse entendre que son mouvement ne croit pas qu’un dialogue avec les autorités congolaises puisse déboucher sur des résultats concrets. Dans ces conditions, convaincre les rebelles de rejoindre les discussions s’annonce déjà comme un défi difficile.

L’AFC/M23 n’est d’ailleurs pas le seul à se montrer méfiant vis-à-vis du pouvoir en place. Dans l’opposition, plusieurs acteurs disent attendre plus de précisions sur le dialogue avant de se prononcer. D’autres estiment qu’il pourrait s’agir d’une manœuvre de Félix Tshisekedi pour piéger ses adversaires. Même si leurs positions sont différentes de celle de l’AFC/M23, il n’y a plus aucun doute que le consensus autour de cette initiative est encore loin d’être trouvé, à moins que les Églises s’activent davantage pour convaincre les plus incrédules.

Jusqu’à ces jours, l’opinion attend que le gouvernement dévoile d’abord le format du dialogue, son calendrier et les modalités de son organisation. Pour l’instant, beaucoup de questions restent donc sans réponse. Mais une chose est déjà certaine : si le principal mouvement rebelle impliqué dans la crise sécuritaire maintient son refus de participer, les chances de voir ce dialogue produire des résultats sur le terrain risquent d’être très réduites.

Le dialogue pourra sans doute permettre de mettre d’accord certaines forces politiques et de déboucher sur des compromis sur plusieurs questions nationales. Mais tant que les principaux acteurs du conflit armé resteront en dehors du processus, la question de la paix dans l’est du pays continuera de se poser. C’est pourquoi la position affichée par l’AFC/M23 semble déjà comme l’un des premiers grands défis de cette initiative voulue par Félix Tshisekedi.

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