Le dialogue inclusif est sur toutes les lèvres, ou presque, des forces vives de la Nation. Mais derrière l’apparente quête de consensus, ce débat, depuis qu’il a été jeté dans l’arène publique, distille une atmosphère de méfiance. Il ne s’agit plus seulement d’une concertation nationale, mais d’un puissant levier de conditionnement des partis, forçant chaque état-major à canaliser ses ambitions selon son agenda. Rêvasser ou s’aligner ?
Par Gédéon ATIBU
Entre la passivité de ceux qui attendent un miracle et le cynisme de ceux qui se rangent derrière le plus offrant, l’espace pour une conviction authentique s’amenuise. Le dilemme est loin d’être anodin. Les enjeux de ce dialogue cachent une architecture bien complexe qu’on ne l’imaginait : face à la gloutonnerie de certains acteurs, le pouvoir en place pourrait subtilement encourager la naissance de micro- coalitions. L’objectif est clair : saturer l’espace de discussion pour diluer les revendications sérieuses et éviter, in fine, une véritable redistribution des cartes.
Si l’objectif de ce dialogue reste légitime en théorie, le profil des participants doit être questionné. Ce que nous redoutions à l’annonce du dialogue inter-congolais se cristallise sous nos yeux : Des alliances de circonstance se nouent dans l’ombre, des plateformes opportunistes surgissent du néant, portées par une hâte suspecte. Tout semble s’accélérer. Dans l’esprit de cette « race de rapaces », l’idée fixe reste la quête effrénée de gains individuels plutôt que le salut du pays face à la menace étrangère. Ces personnalités expertes dans l’art de s’adapter au vent tournant, transforment le chaos en levier d’opportunité, appliquant à la lettre le précepte attribué à Machiavel : « Ne gâchez jamais une bonne crise. » Pour eux, l’instabilité n’est pas un problème à résoudre, mais une rente à exploiter.
C’est dans ce sillage que les « ménopausés politiques » tentent un retour en force. Pour cette catégorie d’acteurs politiques n’ayant plus aucune recette pour faire décoller le pays, ce dialogue est une aubaine. L’opinion publique a d’ailleurs été désarçonnée par la sortie officielle d’un regroupement dont les têtes d’affiches, comme Jean-Pierre Lisanga Bonganga et Gabriel Mokia n’inspirent que lassitude et méfiance. Lisanga Bonganga, par exemple, incarne cette inconstance chronique : après avoir travaillé au gouvernement Bruno Tshibala sous l’ère Kabila, il a érigé le reniement en stratégie de carrière. Président de la CCD, il représente ce prototype de l’homme politique dont le seul logiciel est le ralliement alimentaire. Quant à Gabriel Mokia (MDCo), son tempérament imprévisible et ses limites managériales face aux enjeux régaliens font de lui une figure controversée. Leur seul argument de vente ? Se draper dans le manteau de « compagnons d’Étienne Tshisekedi » pour tenter de capter une légitimité historique qui ne leur appartient plus.
Face à ces méthodes d’un autre âge, la nouvelle génération — celle qui porte la promesse d’une rupture systémique — doit avoir la part belle.
Ces jeunes ne sont pas seulement des visages neufs ; ils sont des forces de proposition qui ont su, dans un contexte de répression et de tentations, maintenir une cohérence idéologique rare.
Des figures comme Seth Kikuni, Alain Bolodjwa, Ados Ndombasi, Prince Kinana, Joseph Edeba Mokwala, Marley Vuvu ou Gratien Iracan symbolisent cette résistance intellectuelle qui refuse de « changer de fusil d’épaule » au gré des vents. Leur présence à la table n’est pas une faveur, c’est une nécessité technique et morale : ils apportent l’expertise et la radicalité nécessaires pour redessiner un paysage institutionnel aujourd’hui sclérosé. Si l’on choisit de composer avec ce sang neuf, un mince espoir de redressement est permis.
Personne ne fait mine d’ignorer que la réussite de ce dialogue dépendra donc de la nature et de la qualité des participants. Le choix des profils devrait se baser sur des critères objectifs tels que la compétence et la moralité plutôt que sur des affinités subjectives ou sur des équilibres géopolitiques obsolètes. Le plus dur comme maintenant : résister à l’achat des consciences par ceux qui poursuivent le chaos. Le Congo mérite mieux, une thérapie de choc, pas un énième partage de gâteau.
Si le dialogue est le pont vers l’avenir, veillons à ce que les architectes de nos ruines passées n’en soient pas les premiers maçons.













