L’ancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi, est de nouveau dans la ligne de mire de son successeur, Doudou Fwamba, qui l’accuse de « gestion désastreuse » dans plusieurs projets emblématiques. Mais pour Cédric Mudiantu, économiste et expert en finances publiques, ces attaques relèvent d’un populisme brouillon plus que d’une analyse rigoureuse.
« On peut échouer sans chercher de bouc émissaire », tranche-t-il, fustigeant des propos qui nuisent à la crédibilité de la RDC auprès des investisseurs internationaux.
Marriott : un montage BOT sabordé par ignorance et méchanceté
Mudiantu rappelle d’abord que l’affaire de l’hôtel Marriott n’a jamais donné lieu à un contrat signé. Par contre, le Ministère et Milvest se sont mis d’accord sur le principe de travailler sur la préparation d’un contrat B.O.T. pour la construction et l’exploitation d’un hôtel Marriott de grand standing dans le Centre financier. Cela était indispensable pour permettre à l’investisseur Milvest d’engager son partenariat avec la chaîne hôtelière internationale.
Ensuite viendra l’étape de la négociation de ce contrat BOT (Build, Operate and Transfer).
», souligne-t-il.
Les principaux points de discussion dans le cadre de cette négociation étaient limpides :
• L’État finançait le gros œuvre à hauteur de 6,8 millions USD — déjà exécutés ; à la signature du contrat BOT, Milvest rembourserait à l’Etat la somme.
• Milvest prenait en charge au total 68 millions USD d’investissement complémentaire jusqu’à l’ouverture de l’hôtel ;
• En échange, une concession de 49 ans était prévue.
Pendant toute la durée d’exploitation, Milvest/Marriott devait verser des royalties au ministère des Finances, à un taux en négociation (5 % exigés par l’État, 3 % proposés par l’investisseur), tout en restant soumis au régime fiscal congolais.
« C’était un montage classique et intelligent, comme on en voit aux Émirats ou en Europe. Mais au lieu de le consolider, on l’a détruit par ignorance ou calcul politique », déplore Mudiantu.
Dans la vision de Nicolas Kazadi, ces royalties devaient alimenter le Fonds d’Investissements Stratégiques, créé par le Ministre Kazadi avec le ministère du Portefeuille, pour devenir à terme propriétaire de l’hôtel et financer d’autres projets structurants. Une architecture ambitieuse, aujourd’hui sabotée.
Conséquence : le projet Marriott est au point mort. Pire, à la demande du Président de la République, Milvest avait préfinancé le vitrage du bâtiment pour 3 millions USD (dont 1 million en affrètement aérien) afin de rendre le site présentable pour l’inauguration du Centre de conférences en décembre 2023.
« Cet argent n’a jamais été remboursé. Résultat : le projet est enterré et la crédibilité du pays auprès des investisseurs durablement entamée », dénonce Mudiantu.
1 000 maisons : une promesse présidentielle piétinée par Fwamba et Mbadu.
Sur le dossier des 1 000 maisons pour les sinistrés des inondations de décembre 2022, Mudiantu démonte également les accusations de Fwamba.
« Ce projet ne vient pas d’un caprice ministériel, mais d’une promesse présidentielle faite après un drame national », rappelle-t-il. Le Président, revenu précipitamment de Washington après la catastrophe, avait promis de reloger dignement les 141 victimes et les familles sinistrées. Une commission interministérielle avait été mise sur pied pour concrétiser cette décision.
Une entreprise turque, Milvest, fut retenue. Un marché de 40 millions USD, porté à 43 millions après avenant, fut conclu. Nicolas Kazadi avait débloqué 70 % du budget, permettant l’importation de 1 000 conteneurs de matériaux et la construction effective de 200 maisons livrées.
« Comment peut-on accuser de détournement un ministre qui a financé la majorité du projet et permis le début concret des travaux ? », s’insurge Mudiantu.
Les maisons ne sortent plus de terre, les conteneurs dorment sur les quais, et des centaines de familles attendent toujours un toit.
Un projet présidentiel d’urgence sociale instrumentalisé à des fins politiciennes
Contrairement à ce que laissent entendre certaines publications, le projet des 1 000 maisons relève avant tout du ministère de l’Urbanisme et Habitat, maître d’ouvrage sectoriel, qui a validé tous les aspects techniques, contractuels et budgétaires avant la mise à disposition des fonds par le Trésor public.
Les paiements effectués par le ministère des Finances sont intervenus sur la base de ces validations, conformément aux procédures établies.
Le titre pompeux et biaisé publié par AfricaNews (connu pour ses accointances avec Jules Alingete) illustre parfaitement la manœuvre politique à l’œuvre : alors que le contenu du fameux rapport de la CPVS est nettement plus nuancé et factuel, le titre et les commentaires cherchent délibérément à personnaliser et détourner le débat pour en faire un procès politique contre l’ancien ministre des Finances.
Cette stratégie de communication, que nous avons connue dans les dossiers des forages et lampadaires, et qui consiste à effacer les responsabilités sectorielles réelles pour concentrer artificiellement les attaques sur une seule personne, révèle une logique politicienne assumée, bien éloignée de la recherche de la vérité.
Elle permet à ceux qui ont aujourd’hui bloqué le projet au premier rang desquels Doudou Fwamba et Crispin Mbadu d’échapper à leurs responsabilités tout en construisant un récit commode pour l’opinion.
S’agissant du projet Arena, d’ailleurs celui au coût le plus bas d’Afrique, il y a lieu de denoncer un autre sabotage de la part du Ministre Fwamba malgré le fait par lui d’avoir effectivement payé 100 % du montant du contrat, il a trouvé une autre manière de saboter le projet, en refusant de dédouaner les conteneurs nécessaires à l’achèvement des travaux et de les acheminer à Kinshasa, comme le prévoyait l’engagement de l’État.
Conséquences : les matériaux restent bloqués à Matadi, générant d’importants frais de surestaries, tandis que le chantier est à l’arrêt, en dépit d’un financement complet.
L’exonération des droits de douane est-elle illégale pour les investissements?
Mentez mentez, il en reste toujours quelque chose
Mudiantu conclut avec gravité :
« La République peut connaître des échecs de projets, mais elle n’a pas besoin de boucs émissaires. Les attaques de Fwamba desservent le Président en sapant les acquis de la période précédente. L’histoire jugera sévèrement ceux qui, par calcul ou par méchanceté, sacrifieront des projets vitaux pour la population et terniront la crédibilité du pays. »








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