Par Gédéon Antibu
A qui profite l’interminable guerre du Kivu? Cette question revient avec insistance depuis près de 3 décennies. Mais, ces jours, une enquête de l’ONG Global Witness révèle que du coltan extrait à Rubaya (considérée comme capitale mondiale du coltan) au Nord-Kivu en République démocratique du Congo, suit un parcours jusqu’aux chaînes d’approvisionnement mondiales. L’organisation résume ainsi sa démarche : » Des mines aux chaînes d’approvisionnement mondiales en passant par sa traversée de la frontière ». Elle explique que ce parcours passe par des zones de conflit, alors même que la mine de Rubaya est contrôlée depuis avril 2024 par le M23, accusé par Kinshasa d’être soutenu par le Rwanda.
L’enquête insiste ensuite sur le degré des flux observés dans la région. Global Witness affirme avoir « établi la complicité de responsables rwandais à un moment où la contrebande a atteint des niveaux sans précédent ». L’ONG indique également que les exportations de coltan du Rwanda ont plus que doublé ces 3 dernières années, avec une concentration importante autour de 7 entreprises qui domineraient ce secteur.
Sur le terrain, les investigations ont été menées pendant environ un an. Global Witness explique qu’à travers des entretiens, notamment avec des trafiquants, elle a découvert qu’au moins 5 de ces 7 entreprises achetaient du coltan de conflit en provenance de la RDC pour ensuite le revendre à des fonderies en Chine ou au Kazakhstan par le biais d’intermédiaires. Dans ces fonderies, le coltan est transformé en tantale, un métal important utilisé dans les composants électroniques.
L’enquête évoque également les conséquences finales de ce circuit. Global Witness estime que du coltan de conflit pourrait s’être frayé un chemin vers les marques internationales telles que Microsoft, Vodafone, Sony, Amazon, Nvidia, LG Display, Ericsson, Toyota et Apple, et se retrouver dans des produits utilisés au quotidien à travers le monde.
L’ONG rappelle que des mécanismes de contrôle existent depuis des années dans la région des Grands Lacs. Pourtant, selon elle, « les systèmes de traçabilité et de diligence raisonnable n’ont pas permis de briser le lien entre conflits et ressources naturelles ». Elle pointe particulièrement le système ITSCI, qu’elle accuse de servir à blanchir une grande partie du coltan de contrebande.
Global Witness estime que même les dispositifs de contrôle international présentent des limites. Elle indique que les audits de la Responsible Minerals Initiative (RMI) n’ont pas su identifier le coltan de conflit dans les chaînes d’approvisionnement des fonderies. L’organisation appelle donc à un renforcement des mécanismes de traçabilité afin d’éviter que ces minerais issus de zones de conflit continuent d’alimenter l’industrie mondiale au bénéfice des géants de la technopole.













