Enseignement supérieur : bras de fer entre Kinshasa et le M23 autour de l’Université de Goma

L’Université de Goma (UNIGOM) se retrouve aujourd’hui au cœur d’un différend entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23. La question porte sur la gestion de cet établissement public d’enseignement supérieur situé dans une ville actuellement sous contrôle des rebelles.

Tout est parti de la décision du mouvement rebelle de mettre fin aux fonctions du recteur de l’université, le professeur Muhindo Mughanda. Cette décision a été justifiée par son absence prolongée de la ville de Goma depuis plusieurs mois.

En même temps, une nouvelle équipe dirigeante a été annoncée. Le professeur Jean-Baptiste Kakoma Sakatolo Zambeze a été désigné comme nouveau recteur de l’université. D’autres responsables ont également été nommés pour occuper différents postes au sein du comité de gestion.

Ces changements ont rapidement provoqué une réaction des autorités de Kinshasa. Le ministère de l’Enseignement supérieur a déclaré qu’il ne reconnaissait pas ces nominations. Selon lui, les dirigeants des universités publiques doivent être désignés conformément aux lois de la République. Pour le gouvernement, les décisions prises en dehors de ce cadre légal ne peuvent donc produire aucun effet administratif. Les autorités considèrent que les personnes nommées ne disposent pas de la qualité requise pour engager officiellement l’université.

Le ministère estime également que l’enseignement supérieur doit rester à l’écart des conflits politiques et militaires. Il rappelle que les universités ont pour mission principale la formation, la recherche scientifique et la production des connaissances.

Ainsi, de ce précède, Kinshasa, dans son communiqué, le ministre de l’ESU refuse de reconnaître toutes les nominations et décisions prises par l’AFC/M23 au sein de l’Université de Goma ; tout acte administratif ou académique posé par des personnes ne disposant pas de la qualité légale requise ; annonce de sanctions disciplinaires contre tout agent du sous-secteur acceptant une nomination contraire aux lois et règlements de l’ESU ; réaffirme le caractère apolitique de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique
Reste à savoir si le M23 décidera de revenir à sa décision, surtout que l’enseignement dépend encore étroitement du gouvernement de Kinshasa, pas du M23.

Mais, en attendant, des questions sur le fonctionnement des institutions publiques dans les zones qui échappent au contrôle direct du gouvernement se posent. Dans ces régions, certaines décisions administratives sont parfois prises localement alors qu’elles ne sont pas reconnues par Kinshasa.

Or, cette situation ne peut que créer des difficultés dans la gestion quotidienne des établissements. Les questions liées aux finances, au personnel ou encore aux actes administratifs risquent de devenir plus complexes suite au désaccord sur la légitimité des membres des comités de gestion si leurs signatures ne sont pas reconnues par les officiels du pays.

Les étudiants eux-mêmes ne peuvent qu’être dans la même situation. D’ailleurs, face aux faits, certains d’entre eux sont maintenant dubitatifs et souhaitent avant tout que les activités académiques se poursuivent normalement et que les cours ne soient pas perturbés par ces problèmes administratifs

Les enseignants et les membres du personnel administratif se retrouvent eux aussi dans une situation délicate. Ils doivent continuer à assurer leurs tâches dans une incertitude concernant la direction de l’établissement.

De ce tableau lié à l’Université de Goma, il est à noter les défis auxquels fait face l’État dans les zones affectées par la guerre du M23. La question du contrôle des institutions publiques demeure l’un des enjeux majeurs dans plusieurs territoires de l’Est de la RDC. Pour l’instant, le gouvernement maintient sa position et refuse de reconnaître les responsables désignés par le M23. De leur côté, les rebelles continuent de défendre leurs décisions. Une opposition qui ouvre une nouvelle période d’incertitude pour l’avenir administratif de l’Université de Goma et pour l’ensemble de sa communauté académique.

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