Faire la guerre au Rwanda ou solution militaire à la crise ? Tshisekedi rétropédale trois ans après

Faire la guerre au Rwanda ou solution militaire à la crise ? Tshisekedi rétropédale trois ans après

Alors que les rebelles de l’AFC-M23, soutenus par le Rwanda, conquièrent des territoires par la force, Kinshasa a longtemps misé sur la diplomatie pour résoudre la crise sécuritaire. Lors de la conférence de presse organisée ce mercredi 06 mai 2026, à la Cité de l’Union africaine, le président de la République a présenté ses excuses concernant les propos tenus en rapport avec une éventuelle attaque militaire contre le Rwanda et l’AFC-M23.

Par Patient MBY

Au dernier jour de sa campagne électorale en 2023, Félix Tshisekedi, alors candidat à sa propre succession, déclarait qu’à « la moindre escarmouche », il allait réunir les deux chambres du Parlement en congrès afin d’obtenir l’autorisation de déclarer la guerre au Rwanda. Ces propos avaient suscité un vif débat au sein de l’opinion, qui a vu, plus d’une année plus tard, la chute des villes de Goma et de Bukavu en janvier et février 2025, sans qu’intervienne « la réponse vigoureuse ».

Le chef de l’État a reconnu avoir reçu de fausses informations sur les capacités et les performances de l’armée congolaise à affronter l’ennemi et à gagner la bataille, alors qu’elle était destructurée et « infiltrée ». Devant les journalistes, trois ans après, Félix Tshisekedi a présenté son mea culpa à la population congolaise pour une promesse non tenue.

Ici, le président de la République reconnaît les faiblesses et les dysfonctionnements qui minent l’armée congolaise, mettant le gouvernement dans l’incapacité d’engager une offensive contre le mouvement rebelle et ses supplétifs, privilégiant le volet diplomatique, qu’il estime ne pas être une voie de capitulation. Selon lui, les résultats se font déjà sentir, notamment avec les accords de Washington, l’accord-cadre de Doha, les sanctions américaines contre l’armée rwandaise et certains de ses hauts officiers, ainsi que des personnes impliquées dans la déstabilisation de l’Est du pays, et les résolutions des Nations unies en faveur de la paix et de la stabilité. Concrètement, ces avancées sur papier n’ont produit aucun effet sur le terrain. Les lignes de front ne font que bouger en défaveur des forces loyalistes, l’administration parallèle persiste et les massacres se poursuivent.

Selon un rapport confidentiel de la commission Défense et sécurité de l’Assemblée nationale, consulté par un magazine français, les FARDC font face à un manque de cohésion, à la fragilité de leur doctrine, à un déficit de la chaîne de commandement, à l’insuffisance de relève des troupes, à l’inadaptation aux nouvelles technologies, à la mauvaise exploitation des renseignements, à la présence probable d’espions, au problème de gestion des supplétifs Wazalendo et à une coordination défaillante avec l’armée ougandaise.

Ces dysfonctionnements fragilisent les opérations sur le terrain. Depuis l’escalade des hostilités début 2025, le gouvernement a consacré plusieurs millions de dollars aux efforts de guerre. Le même rapport indique qu’un montant de 25 320 000 USD a été déboursé par mois en 2025 pour payer au moins 78 000 militaires. Le Conseil des ministres avait validé un budget supplémentaire de 12 milliards de FC, équivalant à 5,1 millions USD, toujours non utilisés. En parallèle, les Wazalendo sont également financés à hauteur de 4 millions USD à travers la Réserve de l’armée et de la défense (RAD), en dehors des fonds spéciaux.

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