Grand-Katanga : une enquête révèle l’exportation clandestine d’uranium dissimulé dans le cobalt vers la Chine

Grand-Katanga : une enquête révèle l’exportation clandestine d’uranium dissimulé dans le cobalt vers la Chine

En République démocratique du Congo, l’uranium n’est pas officiellement exploité. Pourtant, ce minerai stratégique, indispensable à l’industrie nucléaire, serait exporté clandestinement vers la Chine, dissimulé dans les cargaisons de cobalt. C’est la conclusion d’une enquête publiée dans la revue scientifique Nature Communications, menée par des journalistes d’investigation et des chercheurs américains.

Par Patient MBY

Selon cette étude, entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium auraient été exportées vers la Chine, mêlées au cobalt, au cours des vingt dernières années. L’enquête a été réalisée par les journalistes de Lighthouse Reports et du Financial Times, en collaboration avec deux chercheurs des universités du Wisconsin-Madison et de Princeton, à l’issue d’investigations menées en République démocratique du Congo et aux États-Unis.

Les enquêteurs affirment que cet uranium aurait quitté le territoire congolais, principalement depuis l’espace Katanga, entre 2000 et 2024, sans aucune traçabilité et en échappant aux mécanismes de contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). L’étude indique également que 65 % du cobalt mondial est raffiné en Chine et estime qu’entre 1 000 et 4 000 tonnes supplémentaires d’uranium se seraient retrouvées dans des déchets miniers, avec des risques de contamination des sols et des eaux.

Les archives consultées par les chercheurs révèlent qu’au moins 10 % de cet uranium avait auparavant été déclaré « sous garanties nucléaires internationales ». L’enquête a été déclenchée en 2024, après que Lighthouse Reports a eu accès à un document confidentiel datant de 2009. Ce document évoquerait l’exportation de quantités importantes d’uranium incorporé au cobalt, puis séparé à destination grâce à des procédés chimiques.

Toutefois, les auteurs de l’étude indiquent n’avoir pas été en mesure d’identifier les filières impliquées dans ce trafic présumé ni d’établir d’éventuels liens entre ce circuit illicite et des autorités nationales.

Ces révélations relancent le débat sur la traçabilité des ressources minières de la République démocratique du Congo. Alors que plusieurs rapports du Groupe d’experts des Nations unies dénoncent depuis des années la contrebande du coltan de Rubaya, au Nord-Kivu, et de l’or de l’Ituri vers le Rwanda et l’Ouganda, cette enquête suggère que des minerais stratégiques du Katanga pourraient également échapper aux mécanismes de contrôle, malgré l’absence de groupes rebelles dans cette région.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ne manquez aucune nouvelle importante. Abonnez-vous à notre newsletter.