Le parti Action pour la Rupture et le Développement (ARDev), cher à l’ancien gouverneur du Haut-Katanga, Jacques Kyabula, vit une période d’instabilité sans précédent. Après la démission de son leader de son poste de gouverneur, la formation politique, longtemps symbole de stabilité dans la région, s’est fracturée.
Le 04 juin, les membres du bureau politique national de l’ARDev ont désavoué Jacques Kyabula Katwe, leur président national. Ce désaveu fait suite à plusieurs griefs qui lui sont reprochés par les frondeurs, notamment la violation intentionnelle des textes fondamentaux du parti, la gestion unilatérale et opaque des affaires du parti, le refus de participer aux activités de l’Union sacrée, le manque de respect envers les secrétaires permanents de la plateforme présidentielle, l’abandon de l’encadrement militant et la nécessité de préserver les intérêts supérieurs et la cohésion du parti.
Cette situation a provoqué un bicéphalisme sans précédent au sein du parti. Une faction dirigée par l’interfédéral Samuel Kilolo, restée fidèle à Jacques Kyabula Katwe, s’oppose au camp des frondeurs dirigé par John Ngandu Kaswamanga. Les deux factions de la même famille politique s’accusent mutuellement de trahison. La partie dirigée par Kaswamanga soutient le changement de la Constitution, alors que celle de Kilolo reste silencieuse sur ce sujet sensible.
Le rôle de Kazembe dans la déstabilisation du parti
Dans ce feu qui consume Kyabula, la main noire de Martin Kazembe Shula, actuel gouverneur ad intérim, est dénoncée. Depuis le début de la crise, les accusations à son encontre font légion. Ces allégations sont liées à une succession d’événements. Lors du remaniement du gouvernement, Kazembe a nommé Max Mpande et Coco Kanku, tous membres de l’ARDev, aux postes ministériels sans consultation préalable du bureau du parti.
Alors que le torchon brûle, le gouverneur a également reçu la faction dissidente « sans mandat » de la hiérarchie du parti. Cette attitude a été critiquée par les cadres du parti loyaux à Kinshasa. Hubert Mwamba, secrétaire général, a dénoncé ce qu’il qualifie de tentative de déstabilisation de la formation politique. Selon lui, les personnes reçues par le chef de l’exécutif n’engagent pas le parti.
Ces tensions ont atteint un point culminant lorsque les militants des deux camps se sont affrontés physiquement ce mercredi. Entre jets de projectiles et vandalisme des chaises, le siège situé sur l’avenue Mpolo, à Lubumbashi, a été saccagé. Ces altercations sont intervenues alors que les partisans de Kyabula tentaient de récupérer le siège en délogeant ceux de Kaswamanga. L’antagonisme a été dispersé à coups de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre.
Kyabula, revers de la médaille d’un « meilleur élève de Félix Tshisekedi »
Jacques Kyabula est passé de meilleur élève du président Félix Tshisekedi à un mal-aimé de l’Union sacrée de la nation. Tout commence le 1er juillet. Jacques Kyabula, alors gouverneur du Haut-Katanga, organise un meeting pour soutenir les accords de Washington. Dans son allocution, il évoque implicitement la question dérangeante du dialogue inclusif en déclarant : « La guerre que nous avons dans notre pays vient du Rwanda. Les Congolais dont Kabila et Nangaa ne sont pas nos ennemis. Nos ennemis sont au Rwanda. Pour ces Congolais-là, le président a dit qu’on traitera leur cas à la maison. »
Après ces déclarations, une convocation de Jacquemain Shabani tombe. Kyabula doit rejoindre Kinshasa pour des consultations avec effet immédiat. Le gouverneur disparaît pendant une semaine. Cette disparition inquiète l’exécutif national, qui émet un avis de recherche. Comme dans un conte de fées, il réapparaît à son domicile à Lubumbashi, arguant qu’il était malade. Le 28 juillet, il se rend à Kinshasa pour répondre à la convocation du ministre de l’Intérieur.
Kyabula, le chemin de croix d’un homme politique isolé
Gouverneur de la province du Haut-Katanga de 2019 à 2026, Jacques Kyabula a été nommé membre du présidium de l’Union sacrée de la nation lors de la nouvelle configuration du comité exécutif de la plateforme, élargissant ses membres jusqu’à 40. Influent auprès des cadres de l’UDPS, notamment Augustin Kabuya, Jacques Kyabula crée en juin 2023 l’ARDev, une mosaïque du parti présidentiel.
Cette formation politique le portera aux élections législatives en décembre 2023 et aux élections des gouverneurs en 2024.
Cependant, cette stabilité n’a été que de courte durée. La vie politique de Jacques Kyabula a été chamboulée en juillet 2025, lorsqu’il a rejoint Kinshasa, jeté dans les oubliettes, avant de prendre la décision de démissionner de la tête du Haut-Katanga le 21 mai. Sans être autorisé jusqu’à présent à quitter la capitale.
Après cette situation, son parti se divise. Une faction soutient les projets de l’Union sacrée, notamment le changement de la Constitution, en retirant sa confiance en lui, alors qu’une autre reste loyale. Une division qui ouvre la brèche à une guerre politique sans merci.













