Par Emmanuel Medina
Le ministre belge de la Santé, Frank Vandenbroucke, a fermement rejeté la demande des États-Unis visant à interdire l’entrée des ressortissants de la République démocratique du Congo (RDC) en Belgique. Face aux menaces de rétorsions américaines, Bruxelles choisit de s’en tenir strictement aux critères scientifiques.
Un bras de fer sanitaire et diplomatique vient de s’engager entre la Belgique et les États-Unis. Interrogé mercredi par l’agence Belga, le ministre belge de la Santé publique, Frank Vandenbroucke, a exclu toute mesure d’interdiction d’accès au territoire à l’encontre des citoyens congolais, malgré l’épidémie de virus Ebola qui sévit actuellement en RDC.
« D’un point de vue scientifique, il n’y a actuellement aucune raison d’imposer une interdiction d’entrée aux Congolais, bien au contraire », a tranché le ministre belge. Par cette déclaration, la Belgique s’aligne sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et refuse de céder au vent de panique politique. Pour les autorités belges, la gestion du risque repose sur le suivi médical rigoureux des voyageurs symptomatiques et l’isolement en centres hospitaliers spécialisés, plutôt que sur le blocage aveugle des frontières.
Cette mise au point fait suite à une démarche agressive de Washington. L’ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White, a formellement transmis une requête exigeant que les nations européennes décrètent des restrictions de voyage strictes. La Maison-Blanche craint que l’afflux imminent de millions de supporters pour la Coupe du monde de football programmée sur le sol américain ne propage le virus. L’avertissement américain se veut sans équivoque, si l’Europe n’applique pas ces interdictions, les États-Unis envisageront de restreindre l’entrée des citoyens européens sur leur propre territoire.
Le refus belge s’accompagne d’une violente charge politique contre l’administration américaine. Frank Vandenbroucke accuse les choix budgétaires de Washington en matière de coopération internationale et d’aide médicale d’asphyxier la riposte sanitaire en Afrique. « À terme, leur politique entraînera des millions de morts », a-t-il fustigé, dénonçant une stratégie déconnectée des réalités scientifiques et collectives indispensables pour endiguer une telle crise.
Reste à savoir si cette fermeté belge poussera d’autres capitales européennes à faire front commun, ou si la peur de représailles économiques et de restrictions de voyage de la part de Washington finira par fissurer l’unité du Vieux Continent. Une chose est sûre, la crise sanitaire s’est désormais transformée en une dangereuse guerre d’influence géopolitique.













