« Les têtes doivent tomber » : comment la vidéo d’une femme aux propos controversés a-t-elle pu fuiter de la Présidence ?

« Les têtes doivent tomber » : comment la vidéo d’une femme aux propos controversés a-t-elle pu fuiter de la Présidence ?

La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux. Une femme qui se présente comme l’épouse du président congolais est filmée à la Cité de l’OUA, où elle affirme notamment : « Je suis chez mon mari ». En quelques minutes seulement, la vidéo est devenue virale et a été commentée dans tous les sens sur les médias sociaux, en RDC comme à l’étranger.

Par Charles Muhindo

Que cette femme dise vrai ou faux sur sa relation avec le chef de l’État n’est finalement pas le plus important. Félix Tshisekedi est président de la République, mais il reste aussi un homme. Sa vie privée lui appartient. Le véritable problème est ailleurs : comment cette femme a-t-elle pu accéder à cet espace de la Présidence et comment la vidéo qui y a été tournée a-t-elle pu sortir de ce lieu sécurisé ?

La Cité de l’OUA est censée être l’un des sites les plus sécurisés du pays. Les personnes qui y accèdent doivent normalement être identifiées et soumises à des contrôles. Si cette femme n’avait aucune autorisation particulière pour s’y trouver, comment a-t-elle pu arriver jusque-là ? Qui l’a laissée entrer ? Qui était chargé de contrôler ses mouvements ? Ce sont autant de questions auxquelles les services concernés devraient répondre.

Mais un autre élément interpelle davantage : cette femme n’a pas seulement été retrouvée dans cet environnement. Elle y a été interrogée et filmée. La vidéo a ensuite quitté la Présidence avant de se retrouver sur les réseaux sociaux. C’est à ce niveau que l’affaire devient plus sérieuse.

Les personnes qui travaillent autour du chef de l’État sont précisément celles qui doivent veiller à la protection de son environnement immédiat, mais aussi à la confidentialité des scènes qui s’y déroulent. Qu’il s’agisse d’une simple imprudence ou d’un acte délibéré, les circonstances de la diffusion de cette vidéo méritent d’être établies.

Avec les réseaux sociaux, la séquence ne s’est évidemment pas limitée à Kinshasa. Elle a circulé dans plusieurs villes du pays et potentiellement au-delà des frontières de la RDC. Des Congolais comme des étrangers ont ainsi pu découvrir des images tournées dans l’environnement de la Présidence, avec un risque évident d’atteinte à l’image de l’institution.

La question centrale est donc simple : qui a filmé cette scène et comment la vidéo a-t-elle pu sortir de la Présidence ? Si plusieurs personnes sont intervenues dans sa diffusion, leurs responsabilités devront également être établies.

Si l’auteur de la vidéo est un agent ou une personne rattachée aux services de la Présidence, il devra pouvoir s’expliquer. Pourquoi cette scène a-t-elle été filmée ? Dans quelles circonstances la vidéo a-t-elle été conservée ? Comment a-t-elle été diffusée ou transmise à des tiers ? Était-ce une simple imprudence ou existait-il une autre intention ? Une enquête devrait permettre de répondre à ces questions.

L’entourage du chef de l’État est censé constituer sa première ceinture de sécurité. Or, cette affaire donne l’impression qu’une situation susceptible de créer une polémique autour du président peut également prendre naissance à l’intérieur de son propre environnement.

Une personne accède à un espace présidentiel, une scène sensible est filmée, puis les images se retrouvent sur les réseaux sociaux. Si les faits se sont déroulés de cette manière, des responsabilités doivent nécessairement être établies.

La Maison civile du chef de l’État a, pour sa part, démenti les propos de cette femme.

« Cette personne est totalement inconnue de la famille présidentielle et elle n’a, à aucun moment, entretenu de lien avec le chef de l’État, ni dans le passé, ni actuellement. Par contre, les informations prises auprès de sa famille indiquent qu’elle traverserait une période de fragilité psychologique », écrit la Maison civile du chef de l’État.»

Ce démenti était nécessaire pour préciser la position officielle de la Présidence face à une vidéo déjà largement diffusée. Il ne devrait toutefois pas mettre fin aux interrogations relatives à la sécurité du chef de l’État.

Car l’enjeu principal n’est pas uniquement ce que cette femme a déclaré. Il est aussi de comprendre comment elle a pu se retrouver dans un tel environnement et comment une vidéo tournée sur place a pu être diffusée aussi facilement.

Si les procédures de contrôle ont été respectées, il faudra expliquer comment une telle situation a néanmoins pu se produire. Si des failles sont constatées, les responsabilités devront être clairement établies.

Félix Tshisekedi doit donc regarder de près les circonstances de cette affaire. L’entourage sécuritaire du chef de l’État a pour mission de le protéger, mais aussi de prévenir les situations susceptibles de fragiliser son image et celle de l’institution présidentielle. Cette mission exige rigueur, vigilance et discrétion.

Les « têtes doivent tomber » si des fautes graves sont établies et si des responsabilités sont clairement démontrées. Pas parce qu’une femme a tenu des propos controversés, mais parce que des personnes chargées de la sécurité du chef de l’État auraient manqué à leurs obligations.

Ceux qui auraient permis à une personne non autorisée d’accéder à un espace présidentiel, ceux qui auraient filmé la scène et, surtout, ceux qui auraient contribué à la diffusion de la vidéo devront, le cas échéant, répondre de leurs actes.

Le président de la République ne peut être efficacement protégé si des failles de sécurité existent jusque dans son environnement immédiat. Cette vidéo restera peut-être une simple séquence de réseaux sociaux. Pour Félix Tshisekedi, elle devrait surtout constituer un signal d’alerte.

La sécurité du chef de l’État commence aussi par ceux qui travaillent au plus près de lui. À la Présidence, cette affaire devrait donc conduire à un examen sérieux des procédures d’accès, de contrôle et de gestion des images tournées dans les espaces présidentiels.

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