L’opposant Moïse Katumbi menace de saisir les Nations unies alors que les autorités congolaises annoncent un dialogue national inclusif où les acteurs majeurs de la vie nationale congolaise sont conviés. L’ex-gouverneur dénonce des arrestations de certains jeunes de son parti, notamment après la diffusion d’une vidéo dans laquelle il exprimait sa position contre un changement de la Constitution et contre l’organisation d’un référendum.
Par Charles Muhindo
Selon des sources locales, plusieurs personnes ont été interpellées à Kasenga et à Kashobwe, dans le Haut-Katanga, après la projection de cette vidéo. Un responsable local cité sous anonymat par des journalistes affirme qu’un important dispositif militaire a été déployé dans ces zones avant plusieurs arrestations, même si, jusqu’ici, les autorités concernées n’ont pas encore communiqué sur ces faits.
«Costa Kasoya, 17 ans à peine, a été arbitrairement arrêté à Kasenga le 20 juillet 2026 pour avoir filmé ma vidéo de sensibilisation contre le changement de la constitution diffusée sur un écran géant!
Le 21 juillet, Costa Kasoya a été transféré à Lubumbashi et est détenu à l’Auditorat militaire sans que ses parents n’aient pu le voir ni l’assister. Le 22 juillet, les militaires de l’auditorat ont refusé aux avocats de le voir. Ce méfait intervient quelques jours après l’arrestation à Beni, au Nord-Kivu, elle aussi pour des raisons strictement politiques, de Clovis Mutsuva, le coordonnateur de la jeunesse d’Ensemble.
Ils rejoignent la longue liste de nos partisans arrêtés en dehors de tout cadre légal et emprisonnés dans des conditions épouvantables. Je rappelle également l’arrestation de Stéphane Shisso, journaliste enlevé par l’auditorat militaire à Lubumbashi le 28 décembre 2025 et transféré en avril à la prison militaire de Ndolo sans que sa famille ni les avocats n’aient pu le voir à ce jour», a écrit, mercredi 22 juillet, l’ex-gouverneur avant de prévenir :
«Plutôt que d’apaiser la situation, le pouvoir en RDC cherche à terroriser la population. Nous ne le laisserons pas faire. Nous allons entamer toutes les démarches nécessaires auprès du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU et sensibiliser l’ensemble de nos partenaires sur cette situation intolérable. Les responsables de tous les abus devront répondre de leurs actes», dit-il.
Déjà, pour des proches de Moïse Katumbi, des interrogations se multiplient surtout dans le contexte actuel. Comme le mentionne l’opposant, ces arrestations sont enregistrées au moment où le pouvoir appelle les différentes forces politiques et sociales à participer à un dialogue pour trouver des solutions aux crises que traverse le pays.
Pour certains analystes, la question n’est donc pas seulement celle de l’annonce du dialogue, mais aussi celle des conditions dans lesquelles il doit se tenir. Ils estiment que la confiance entre les parties prenantes au dialogue exige des gestes qui rassurent de part et d’autre, surtout après cette longue période au cours de laquelle la méfiance s’est installée suite au arrestations ou encore aux poursuites judiciaires contre certains acteurs opposés au régime.
Comme on le sait, ces derniers mois, plusieurs personnalités politiques, des militants et des membres de la société civile ont été arrêtés dans différents dossiers, certains étant accusés par les autorités d’entretenir des liens avec des groupes armés actifs dans l’Est de la RDC.
Au sein de l’opposition, ces affaires sont considérées comme des éléments qui crispent davantage le climat politique dans le pays. La récente arrestation d’un jeune dans le Haut-Katanga après avoir filmé une vidéo de sensibilisation portant sur la position de Moïse Katumbi contre le changement constitutionnel est un exemple illustratif. Pour les proches de l’opposant, ce genre de situation ne prouve pas l’esprit d’ouverture attendu dans un processus qui se veut inclusif.
L’annonce du dialogue national est aujourd’hui faite dans une période où le pays fait face à plusieurs défis majeurs, notamment la crise sécuritaire dans l’Est avec la présence des groupes armés, dont l’AFC/M23, mais aussi une crise politique internes. Et, dans ce contexte, les initiateurs du dialogue n’ont aucun autre choix que celui de réunir différents acteurs autour d’une même table.
Mais la participation de principales forces politiques dépendra aussi de la confiance qui pourra être établie avant l’ouverture des discussions. Pour certains observateurs, des signaux d’apaisement pourraient encourager des acteurs qui restent encore méfiants vis-à-vis du processus.
Avec cette dénonciation de Moïse Katumbi, il ressort qu’au au-delà de la convocation d’un dialogue national, le défi reste de créer un environnement permettant aux différentes parties de croire à la sincérité de la démarche. Les gestes qui seront posés par les autorités et les acteurs politiques seront donc des facteurs déterminants pour la réussite ou non de ce dialogue.













