La République Démocratique du Congo est en train de guerroyer contre les forces rebelles dans l’est du pays, lesquelles bénéficient du soutien du Rwanda afin de déstabiliser les institutions et de freiner l’essor de la nation. Ce conflit, qui perdure depuis plus de trente ans, constitue un lourd héritage pour le Président Tshisekedi.
Par Gédéon ATIBU
Si les causes profondes de cette instabilité sont documentées, le récent revers sécuritaire, marqué par la chute de plusieurs villes et territoires en janvier 2025, semble avoir mis en exergue les limites de la stratégie gouvernementale. Bien que les autorités de Kinshasa tendent à se disculper en pointant exclusivement l’agression extérieure, une part de responsabilité semble incomber aux choix politiques internes.
Entre diplomatie de sourds et option militaire
La situation sur le terrain n’est jamais figée. Pendant ce temps, les populations civiles continuent de payer un lourd tribut en attendant la libération, par l’armée loyaliste, des localités occupées. Les autorités congolaises se sont engagées sur deux fronts : diplomatique et sécuritaire. Cependant, depuis quelques jours, le gouvernement central semble avoir privilégié l’option militaire. Kinshasa est probablement venu à la conclusion que la diplomatie prend plus de temps car elle exige un consensus là où il n’y a que de la méfiance – un processus continu, parfois sans fin, qui demande de l’endurance tandis que la guerre est un événement qui cherche souvent une conclusion rapide par la force.
Cette lecture pousse Kinshasa à sortir de sa torpeur. Les récentes attaques de drones ayant visé la cité de Rubaya, où certains officiers du M23, dont le porte-parole Willy Ngoma, ont succombé, en sont une preuve éloquente. Cette offensive intervient alors que le processus de Doha patine, malgré la « déclaration de principes » du 19 juillet et l’« accord – cadre » du 15 novembre 2025. En effet, la RD Congo ne lésine plus sur les moyens pour défendre la souveraineté de son territoire.
Le médiateur angolais face à l’impasse
L’Angola réussirait-il là où Washington DC et Doha ont montré leurs limites ? Le président João Lourenço est confronté au non-respect des engagements par les belligérants, qui s’entre-accusent de violer le cessez-le-feu, négocié par des puissances régionales, censé entrer en vigueur le 18 février dernier. Officiellement, les armes devaient se taire le 18 février, mais dans les faits, la trêve est extrêmement précaire.
Rien ne présage une stabilité dans les tout prochains jours. A cette allure, le dialogue inter-congolais à Luanda semble impossible tant que les armes dictent la trajectoire des évènements. Une question cruciale s’impose : la parole va-t-elle définitivement céder aux armes ?
L’agenda de Kinshasa et la montée en puissance des FARDC
Kinshasa ne cache plus son agenda qui s’articule autour de quatre axes : en finir avec l’AFC/M23 ( guerre ou diplomatie ?), écraser toute concurrence interne, dialoguer selon ses propres conditions, puis changer la constitution ( la bataille ultime). Ce schéma place le pouvoir en place dans une urgence politique raison pour laquelle l’approche militaire a été réactivée.
Contre toute attente, on remarque un soudain regain de forme des FARDC. Ce renouveau s’appuie sur l’intégration des forces de SAMIDRC ( SADC), le recours aux drones de surveillance et de combat, ainsi qu’une coordination étroite avec des instructeurs spécialisés et des sociétés militaires privées. Cette montée en puissance vise non seulement à inverser le rapport de force sur le front de l’Est, mais aussi à consolider la légitimité du pouvoir central face aux pressions diplomatiques régionales.
La durée et le piège géopolitique
Jusqu’où iront ces soutiens ? Leur durée est dictée par deux facteurs : les résultats sur le terrain et le coût politique.
•La SADC : Son mandat est renouvelé par tranches annuelles, mais resté limité par des contraintes budgétaires.
•Les partenaires techniques et instructeurs roumains : Ces appuis dureront tant que Kinshasa pourra les financer grâce aux recettes minières.
•L’autonomisation technologique : L’objectif est de rendre les FARDC autonomes dans l’usage des technologies de pointe d’ici 2026 ou 2027.
Le Président Tshisekedi s’était mis sous les feux de la rampe en promettant une riposte vigoureuse. Elle se prépare désormais concrètement. Cependant, la RDC risque-t-elle pas d’être piégée par une guerre ouverte contre le Rwanda ? Le contexte international change : sous l’administration Trump, les États-Unis réorientent leurs priorités vers l’Iran. Le risque d’un détournement de l’attention et de l’aide est réel, laissant le champ libre à de nouvelles offensives rebelles. Dès lors, quel est l’impératif absolu : la poursuite d’un dialogue moribond ou un l’aboutissement de cette riposte armée ? Si les lignes bougent enfin sur différents fronts, le pouvoir en place joue ici sa survie politique et l’intégrité de la nation sur un échiquier mondial qui regarde ailleurs.













