Projet de changement de la constitution : Kabila s’invite dans le débat et complique davantage les plans du pouvoir

Projet de changement de la constitution : Kabila s’invite dans le débat et complique davantage les plans du pouvoir

Par Gédéon Antibu

Le débat sur le changement de la Constitution vient de franchir un nouveau cap avec l’entrée en scène de Joseph Kabila. Dans un message adressé du 11 juin dernier adressé aux Congolais, l’ancien président de la République a livré l’une de ses critiques les plus sévères contre le pouvoir en place, dénonçant une gouvernance qu’il juge responsable de la dégradation de la situation politique et institutionnelle du pays. Surtout, il s’est clairement positionné contre le projet de changement de la Constitution, rejoignant ainsi un camp de plus en plus fourni d’acteurs politiques et sociaux qui réclament l’abandon de cette initiative.

La sortie de Joseph Kabila n’intervient pas dans un vide politique. Depuis plusieurs mois, des partis d’opposition, des responsables politiques, des organisations citoyennes et des figures de la société civile multiplient les mises en garde contre un projet qu’ils considèrent inopportun et surtout dangereux dans le contexte actuel. Alors que la RDC reste confrontée à l’insécurité dans sa partie orientale, à des défis économiques et à une situation sociale et humaine délicate, ces acteurs estiment que la priorité devrait être accordée à la résolution de ces urgences plutôt qu’à une réforme de la loi fondamentale. À leurs yeux, toucher à la Constitution dans un climat aussi tendu risque s’aggraver davantage les divisions dans le pays.

« Aujourd’hui, les faits parlent d’eux-mêmes. Par sa voix la plus autorisée, puis à travers l’adoption de la loi référendaire à l’Assemblée nationale, le pouvoir vient de lever toute ambiguïté sur ses véritables intentions : il entend changer la Constitution, expression suprême du pacte républicain qui unit les diverses composantes de la Nation congolaise, et qui constitue le fondement même de notre vivre-ensemble »

Dans son message, l’ancien chef de l’État va plus loin en affirmant que le pays se dirige progressivement vers une concentration excessive du pouvoir. Il voit dans l’adoption de la loi référendaire par l’Assemblée nationale la confirmation des intentions du régime de modifier les règles du jeu au cours du mandat. Pour Joseph Kabila, cette démarche constitue une menace pour la démocratie, l’alternance et la stabilité du pays. Il affirme même que la RDC est transformée en une « cocotte-minute » dont les tensions internes continuent de s’accumuler au fil des mois.

« La forfaiture est manifeste. La trahison de son serment constitutionnel par le premier d’entre eux est désormais incontestable et de notoriété publique. Personne ne pourra donc prétendre, demain, qu’il ne savait pas. Un pas décisif vient d’être franchi vers la consolidation de la tyrannie et l’instauration d’un pouvoir sans limite prévisible, ni perspective crédible d’alternance politique démocratique », dénonce-t-il.

L’une des particularités de cette prise de position réside dans le ton employé. L’ancien président ne se contente pas d’exprimer une inquiétude. Il appelle explicitement à la mobilisation des citoyens pour défendre la Constitution et invoque l’article 64, qui oblige les Congolais à faire échec à tout celui qui exerce le pouvoir contraire à la loi fondamentale. Ce passage donne à son message une portée politique particulière. Kabila veut mener la bataille contre la révision de la constitution dans un cadre plus étendu en rapport avec la défense des acquis démocratiques.

« Face à la décision du pouvoir de changer la Constitution, en dépit des risques certains que cela fait courir au pays, je me dois donc de rappeler que l’article 64, alinéa premier de notre Constitution dispose que tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui exerce le pouvoir en violation de la Constitution. Il ne s’agit pas seulement d’un droit. Il s’agit d’un devoir patriotique », rappelle l’ex-dirigeant.

Mais, il faut dire que cette nouvelle sortie débouche sur la conclusion suivante : à mesure que Kinshasa avance sur le terrain de la révision constitutionnelle, la riposte s’organise de plus en plus. Chaque étape franchie par le pouvoir semble entraîner de nouvelles positions et rafler cercle des opposants. Alors que les critiques étaient moins audibles, elles tendent désormais à s’orienter autour d’un même objectif : empêcher tout changement de la Constitution. L’entrée de Joseph Kabila dans la danse ne fait que renforcer davantage la démarche et pourrait contribuer à donner une nouvelle dimension à la bataille déjà lancée.

« En conséquence, je marque ma ferme opposition à ce projet de changement de la Constitution attentatoire au contrat social, et en appelle à un sursaut national et à la mobilisation de toutes les forces vives de la Nation, sans distinction d’origine, de province, de religion, de langue, de condition sociale ou d’appartenance politique », écrit-il.

Pour le pouvoir, l’équation devient ainsi plus compliqué. Malgré les avertissements répétés de plusieurs acteurs politiques, les autorités continuent de montrer leur détermination à poursuivre le processus. Mais en face, les voix hostiles au projet gagnent du terrain et des acteurs. Plus les jours passent, plus le débat quitte le terrain strictement juridique pour devenir un véritable rapport de force politique dont l’issue pourrait peser sur l’avenir du pays.

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