Quatre ans de contrôle du M23 : Bunagana reste hors de portée de Kinshasa

Quatre ans de contrôle du M23 : Bunagana reste hors de portée de Kinshasa

Quatre ans après sa prise par les rebelles du M23, Bunagana reste toujours hors du contrôle des autorités congolaises. Dans cette cité frontalière du territoire de Rutshuru, à la frontière avec l’Ouganda, rien ne laisse encore entrevoir un retour prochain et surtout rapide de l’administration de Kinshasa. Pour de nombreux Congolais, cet anniversaire a un goût amer. Car malgré les nombreuses initiatives engagées depuis 2022, la cité qui avait été perdue au début de la résurgence du M23 demeure encore aujourd’hui l’un des symboles les plus visibles de l’affaiblissement de l’autorité de l’État dans une partie de l’Est du pays.

Par Gédéon Antibu

Lorsque Bunagana tombe le 13 juin 2022, beaucoup considèrent l’événement comme un simple échec militaire dont les conséquences n’iraient pas plus loin que cela. À ce moment-là, rares sont ceux qui imaginent que cette cité deviendra le point de départ d’une offensive qui va totalement bouleverser la situation sécuritaire au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. La présence du M23 sur les collines de Sarambwe, toujours à Rutshuru, était déjà connue, mais la prise de Bunagana a marqué le moment où la menace a cessé d’être périphérique pour devenir une réalité impossible à ignorer.

Les mois qui ont suivi ont donné rapidement une autre dimension au conflit. Après Bunagana, les rebelles ont poursuivi leur progression et ont pris le contrôle de plusieurs centres importants du territoire de Rutshuru. Kiwanja, Rutshuru-centre et d’autres localités sont par la suite passées sous leur contrôle. Ce qui apparaissait au départ comme une crise localisée est alors devenue progressivement un conflit d’une ampleur beaucoup plus grande, affectant des centaines de milliers de personnes contraintes de fuir leurs habitations.

Face à cette avancée, Kinshasa a lors compris mais tardivement. Activé, le gouvernement a alors cherché des solutions sur plusieurs fronts. La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) a déployé une force régionale avec l’espoir de stopper les rebelles dans cette zone. Cependant, les résultats attendus ne sont pas au rendez-vous. Aussitôt, les autorités congolaises reprochent à cette mission de ne pas permettre la récupération effective des territoires occupés. Après plusieurs mois (un an), la force de l’EAC quitte finalement le pays sans avoir obtenu les résultats espérés.

Une nouvelle stratégie est alors mise en place avec l’arrivée de la mission de la SADC. Là encore, les attentes sont grandes. Mais pendant que les discussions diplomatiques se poursuivent et que les opérations militaires se multiplient, le M23 continue de consolider ses positions. Les combats s’étendent à d’autres zones et la guerre franchit un nouveau cap avec la prise de plusieurs grandes agglomérations. Même le recours à des combattants étrangers (des mercenaires roumains, entre autres) venus appuyer les forces congolaises ne permet pas d’inverser la tendance sur le terrain.

Au fil des mois, le conflit a ainsi dépassé largement les frontières de Bunagana. La crise a atteint Goma, puis a gagné le Sud-Kivu où plusieurs territoires sont tombé à leur tour. Bukavu est également touchée par cette progression. À un certain moment, les rebelles parviennent même à entrer dans la ville d’Uvira avant de se retirer sous de diverses pressions internationales. Chaque nouvelle avancée renforçait alors l’impression que la chute de Bunagana avait été sous-estimée au moment où elle s’est produite.

Aujourd’hui, les lignes de front ne semblent pas assez bouger qu’auparavant et les efforts diplomatiques menés par la RDC, avec l’implication de plusieurs partenaires internationaux dont les États-Unis, ont contribué à freiner l’expansion du M23. Mais 4 ans après la chute de Bunagana, la guerre est loin d’être terminée. La cité reste entre les mains de la rébellion et les perspectives d’un retour rapide sous l’autorité de Kinshasa demeurent incertaines. Pour beaucoup, Bunagana n’est plus seulement une cité frontalière : elle représente désormais le point de départ d’une crise qui a totalement transformé l’Est de la RDC.

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