Trente-neuf Congolais sont rentrés en République démocratique du Congo le mercredi 29 juillet 2026 en provenance du Rwanda. Ils ont franchi la frontière par la Grande Barrière de Goma, après avoir été transférés au Rwanda dans le cadre du programme de désarmement, démobilisation, réinsertion et rapatriement (DDRR). Selon les informations recueillies, ils avaient été présentés comme des membres des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Par Charles Muhindo
Ces personnes, dont la plupart sont originaires des territoires de Masisi et de Rutshuru, affirment être des Congolais n’ayant jamais entretenu le moindre lien avec les FDLR. Selon leurs déclarations, elles auraient été approchées par des membres de la MONUSCO, qui les auraient incitées à se présenter comme des combattants de ce groupe en échange d’une somme d’argent. Ces allégations restent toutefois à être établies.
Le plus surprenant demeure leur retour. Présentées dans un premier temps comme des combattants des FDLR, elles ont finalement été renvoyées en RDC après qu’aucune preuve de leur appartenance à ce mouvement n’a été apportée. Le Rwanda affirme qu’elles avaient été identifiées à tort comme d’anciens combattants des FDLR. Cette situation soulève plusieurs interrogations : comment ces personnes ont-elles pu être considérées comme des membres des FDLR avant que cette qualification ne soit abandonnée ? Sur quels critères reposait cette identification ?
Cette affaire donne l’impression qu’une confusion est entretenue entre les FDLR et les Hutu congolais. Les FDLR sont un groupe armé, tandis que les Hutu congolais constituent une communauté de citoyens de la RDC, principalement présente dans les territoires de Masisi et de Rutshuru. Être Hutu ou être originaire d’une zone où les FDLR sont supposés être actifs ne constitue pas, en soi, une preuve d’appartenance à ce mouvement.
Le cas de ces 39 personnes alimente cette interrogation. Des Congolais issus en majorité de cette communauté ont été présentés comme des membres des FDLR avant d’être finalement renvoyés du Rwanda, faute d’éléments établissant leur appartenance au groupe. Si leur version des faits venait à être confirmée, elle pourrait laisser penser qu’un amalgame est parfois fait entre l’identité hutu et l’appartenance à un groupe armé.
Depuis plusieurs années, Kigali présente les FDLR comme une menace pour sa sécurité nationale et invoque leur présence pour justifier le déploiement de ses forces dans l’est de la RDC. Dans ce contexte, si une confusion était effectivement entretenue entre les FDLR et une partie de la population hutu congolaise, elle pourrait contribuer à maintenir l’idée d’une menace permanente servant à justifier la poursuite des opérations militaires sur le territoire congolais.
Le Rwanda est dirigé depuis plusieurs années par un pouvoir issu majoritairement de l’ancienne rébellion du Front patriotique rwandais (FPR), qui a mis fin au génocide de 1994. Dans ce contexte historique particulièrement sensible, certains observateurs s’interrogent sur le risque d’une assimilation entre certains Hutu, qu’ils soient congolais ou rwandais, et les FDLR. Une telle assimilation, si elle existait, mériterait toutefois d’être étayée par des éléments concrets.
La distinction entre les Hutu congolais et les FDLR demeure donc essentielle. La RDC reconnaît l’existence des FDLR et participe aux efforts visant leur désarmement, mais elle rejette toute assimilation entre cette rébellion et les Hutu congolais. Pour désarmer les véritables membres des FDLR, encore faut-il pouvoir les identifier avec précision. Le cas de ces 39 personnes relance ainsi le débat sur les critères d’identification utilisés.
Après leur retour, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Qui les avait identifiées comme membres des FDLR ? Sur quelles bases ? Pourquoi leur appartenance au groupe n’a-t-elle finalement pas pu être démontrée ? Ces interrogations sont renforcées par la réaction de la MONUSCO, qui affirme ne pas avoir été associée au processus ayant conduit au transfert de ces personnes vers Goma. Cette prise de position entretient les interrogations sur les circonstances de cette opération.
Une autre question concerne les modalités de leur retour à Goma. Le Rwanda affirme avoir rapatrié ces Congolais en RDC. Or, la ville de Goma est actuellement contrôlée par l’AFC/M23 et non par le gouvernement de Kinshasa. Il reste donc à préciser à quelles autorités ces personnes ont effectivement été remises.
Au regard de ces éléments, plusieurs questions demeurent sans réponse. Le cas de ces 39 Congolais ne permet pas, à lui seul, de tirer des conclusions définitives. Il met néanmoins en lumière des interrogations sur les procédures d’identification des présumés membres des FDLR et sur le risque d’amalgames entre un groupe armé et une communauté civile. Ces questions méritent d’être éclaircies afin d’éviter toute confusion susceptible d’alimenter les tensions dans l’est de la RDC.













