Jusqu’ici, la République démocratique du Congo était menée au marquoir par le M23. Depuis la chute de la cité frontalière de Bunagana le 13 juin 2022, en effet, la partie congolaise n’a plus jamais reconquis une agglomération d’importance capitale. Le groupe armé, soutenu par Kigali, lui, a pourtant réussi à s’emparer de plusieurs villes et cités dans le Sud-Kivu et Nord-Kivu dans un intervalle assez court, contraignant Kinshasa à négocier et à se lancer dans des démarches diplomatiques que personne n’aurait soupçonné.
Par Gédéon ATIBU
Il n’est pas moins vrai que grâce au partenariat avec les États-Unis, des résultats, les premiers du genre, ont été enregistrés, notamment avec le retrait inespéré de la rébellion de la ville d’Uvira en décembre dernier. Mais, hormis cette victoire diplomatique pour Uvira, rien de plus concluant n’était encore à mettre à l’actif du gouvernement congolais face au M23.
Un retournement inattendu
Il a toutefois fallu que Kinshasa priorise un volet essentiel mais peut-être négligé depuis le début pour vivre, enfin, les premiers résultats : la bataille dans les airs. Les villes de Goma, Bukavu, Uvira et de plusieurs autres agglomérations sont passées aux mains du M23, le rappelle-t-on, grâce à l’usage des drones kamikazes de combat dont disposait l’ennemi.
Et, comme l’estimait un analyste, les déboires de l’armée congolaise étaient particulièrement liés au fait que les troupes congolaises n’étaient pas spécialement formées et adaptées à une guerre technologique et aux moyens modernes de combat alors que la rébellion, appuyée par les Rwanda defence forces (RDF), y recourait constamment pour dérouter les FARDC.
Bien que Kinshasa ait fait usage de ses avions de chasse ou encore aux drones chinois CH-4, les efforts pour une guerre technologique coordonnée semblaient toujours assez minimes. Cependant, depuis que la RDC s’est lancée sur la même voie, la peur a presque changé de camp : de nombreux officiers M23, dont le porte-parole militaire Willy Ngoma, ont été neutralisés alors que d’autres villages ont été abandonnés sous pression par les assaillants.
Le nouveau rempart de Félix Tshisekedi
Au regard des résultats obtenus, Félix Tshisekedi y tient désormais, fermement. Sans aucun doute, il est persuadé que sans engager des chars de combat sur le terrain, il peut parvenir à décapiter définitivement le M23 en ciblant les figures importantes et les positions stratégiques. Des informations parvenues à la presse précisent que lors de la frappe de drone qui avait coûté la vie à Willy Ngoma et à d’autres officiers rebelles à Rubaya, dans le Masisi le 24 février dernier, Sultani Makenga, le plus important cerveau de la rébellion, avait échappé de justesse alors que ses nombreux proches avaient été neutralisés. Tout porte ainsi à croire que les figures importantes du groupe armé peuvent être ciblés et touchés.
Peut-être est-ce pour cela que le chef de l’Etat et l’armée congolaise ont accéléré l’installation d’une base des drones à Kisangani pour augmenter la pression. Selon le média Africa Intelligence, la société Milvest du turc Mildon Turhan vient d’obtenir un contrat de 67 millions de dollars pour la construction de cette base dans la ville boyomaise. Une partie du montant aurait même déjà été décaissée alors que le solde devrait intervenir à l’achèvement des travaux.
D’après la même source, ce projet s’inscrit dans le dispositif militaire déployé par les FARDC dans le cadre de la guerre contre les rebelles du M23. Les forces congolaises utilisent déjà des drones, notamment des modèles chinois CH-4 et turcs Anka pour mener des frappes ciblées.
« Pour les autorités de Kinshasa, ces équipements sont devenus des outils stratégiques dans la lutte contre les groupes armés actifs dans l’Est du pays », écrit le média.
Au regard de ce qui précède, en plus des démarches diplomatiques déjà activées et qui se solder par de fortes pressions internationales sur le M23 et le Rwanda, il n’est point de doute que les autorités congolaises ont décidé de se tourner vers la guerre technologique pour contrer l’ennemi et s’assurer de ne plus avoir affaire aux caprices de la rébellion lors des pourparlers et négociations politiques, notamment ceux de Doha.













