Après que la majorité de Kabila a été déboulonnée, nombre d’observateurs y ont vu la chute de sa dynastie et le début de son isolement politique face à la fermeté du clan Tshisekedi. Les premières heures de l’après–coalition FCC- CACH ont semblé confirmer cette thèse. Le basculement de la majorité parlementaire fut perçu comme un coup stratégique grâce auquel Félix Tshisekedi a imposé son tempo et réduit les ardeurs de ses anciens partenaires, dont la plupart ont traversé avec armes et bagages à l’appel de la création de l’Union Sacrée de la Nation (USN).
Par Gédéon ATIBU
Le Front Commun pour le Congo ( FCC) en a beaucoup perdu. Steve Mbikayi, ministre honoraire à l’ESU, en témoigne dans sa « carte blanche » n°183 : « J’avais conseillé au président Kabila […] que le FCC réponde à l’appel du président Tshisekedi et adhère à l’USN […]. Il aurait conservé la primature. […] Si le FCC basculait dans l’opposition, il se viderait progressivement. Aujourd’hui, le FCC n’est plus que l’ombre de lui-même ».
Pourtant, six ans après, la dynamique semble s’inverser. Les coulisses des rencontres entre acteurs politiques brisent l’écran et laissent entrevoir une suite invraisemblable des évènements : l’ancien Président n’a pas dit son dernier mot.
Entre survie politique et retour timide aux affaires
Après la fin de la coalition FCC- CACH, le clan Kabila a beau préparer et lancer une contre-offensive pour son retour au pouvoir. Cela dit, l’ambition pour un retour aux affaires demeure légitime et l’homme de Kingakati ne lésine pas sur les moyens pour inverser la tendance actuelle, largement favorable à son successeur.
Sa stratégie est simple : La condamnation à la peine capitale par la Haute Cour militaire n’ébranle pas ses projets. Afin d’éviter l’erreur fatale de 2020, le clan Kabila a activé ses réseaux, opérant selon une ligne édictée : renforcer les rangs et contrer l’influence de son successeur, qui risque de voir la plupart de ses propres soutiens lui tourner le dos au moment où le train du dialogue sera « à neuf lieues d’ici ».
La toile d’araignée de Kabila : une stratégie à trois niveaux
L’influence de Joseph Kabila ne repose plus sur l’appareil d’État visible, mais sur une structure invisible et résiliente que l’on peut comparer à une toile d’araignée :
1.Le verrouillage institutions résiduel : Bike que l’Union Sacrée contrôle officiellement les institutions, de nombreux hauts fonctionnaires, officiers et magistrats nommés sous l’ère Kabila conservent une loyauté ou une neutralité bienveillante à son égard. Ces « cellules dormantes » administratives constituent un levier de blocage ou de renseignement.
2.La coalition de l’ombre à Kinshasa : La plateforme « Sauvons la RDC », impulsée lors du Conclave de Nairobi en Octobre 2025, s’étend bien au-delà des exilés. Dans la capitale, des figures de la société civile, des leaders religieux et même des élus de la majorité actuelle maintiennent des canaux de communication secrets avec l’homme de Kingakati. Pour eux, Kabila reste le « B » en cas d’implosion de l’actuelle coalition. Interrogé par la journaliste Orizia Dogbé de TV5MONDE sur son rapprochement avec Joseph Kabila, Kabund a titubé : « Je ne peux pas me justifier là-dessus… C’est un débat qui ne fait pas avancer le Congo». Cette attitude gênée de Jean-Marc Kabund concernant ses liens avec Kabila illustre parfaitement ce rapprochement souterrain.
Malgré le sort que connaît le PPRD, Joseph Kabila dispose d’un soutien bien plus vaste. Bien que certains leaders comme Moïse Katumbi et Martin Fayulu ne s’y soient pas rendus, plusieurs cadres et partis de l’opposition étaient représentés ( notamment Matata Ponyo et Seth Kikuni). Les adhésions à la plateforme « Sauvons la RDC » ont continué à être formalisées à bas bruit.
3.Le levier de la légitimité sécuritaire : Kabila se présente aux partenaires internationaux comme le seul acteur capable de parler à certains réseaux que le pouvoir en place peine à maîtriser. Sa connaissance des dossiers de l’Est lui confère une stature d’expert sécuritaire indispensable pour la paix.
Les enjeux du dialogue national
Les enjeux autour de ce dialogue sont multiples : l’enjeu politique risque de supplanter l’objectif sécuritaire si les parties ne s’accordent pas sur une même perspective des choses. Dans cette logique, Joseph Kabila voit ce dialogue comme l’un des moyens de sa survie politique, avant de revoir ses ambitions à la hausse. Au dialogue national inclusif, Kabila aurait certainement des arguments à faire valoir pour peser dans les discussions.
Joseph Kabila utilise son silence non pas comme un aveu de faiblesse, mais comme une arme tactique. En tissant cette « toile d’araignée » entre administration , réseaux politiques kinois et enjeux sécuritaires, il transforme son domaine de Kingakati en un centre de gravité parallèle. A l’approche du dialogue national, il ne sollicite pas une place : il se rend incontournable dans la quête pour la paix, prêt à faire pencher la balance au moment opportun. La suite des évènements dira si cette « force tranquille » parviendra à transformer l’essai de son retour aux affaires.













