Par Reporter
La province de l’Équateur a procédé à la restitution des résultats préliminaires des évaluations infranationales conjointes du Règlement sanitaire international RSI 2005 et des Performances des services vétérinaires PVS. Cette importante cérémonie, organisée dans un cadre solennel, a réuni plusieurs autorités provinciales, notamment les responsables du secteur de la santé, les services étatiques, les partenaires techniques et financiers ainsi que les cadres des secteurs de la santé humaine, animale et environnementale.
La restitution dans la province l’Équateur a pris la forme d’une cérémonie officielle multisectorielle, marquée par plusieurs allocutions et par une forte mobilisation institutionnelle. Dans ce contexte, la présentation des résultats préliminaires par la délégation des experts évaluateurs nationaux s’est progressivement transformée en une véritable séance de plaidoyer en faveur du renforcement des capacités provinciales de sécurité sanitaire.
À travers cet exercice, les experts ont dressé un état des lieux des capacités de la province à prévenir, détecter et répondre aux urgences de santé publique, qu’il s’agisse d’épidémies, de zoonoses, de risques transfrontaliers ou d’autres menaces sanitaires. L’évaluation s’inscrit dans la dynamique nationale de renforcement des capacités essentielles du RSI, dans un pays engagé dans un processus continu d’évaluation et d’amélioration de sa préparation aux urgences de santé publique. Le processus s’est déroulé en trois phases principales : la sensibilisation des acteurs provinciaux pour leur adhésion à la sécurité sanitaire, le briefing sur la méthodologie et les outils d’évaluation, puis la présentation et la défense des résultats des travaux de groupes, suivies de l’attribution participative et consensuelle des scores à chaque indicateur.
Une province exposée à des risques sanitaires majeurs
La province de l’Équateur présente un profil de risque particulièrement sensible. Selon le rapport préliminaire, elle fait face à un fardeau mixte de maladies endémiques, notamment le paludisme et les infections respiratoires aiguës, ainsi qu’à des maladies à potentiel épidémique telles que le choléra, la maladie à virus Ebola et le MPox.
Ces risques sont amplifiés par un environnement géographique complexe, marqué par un écosystème forestier et fluvial dense, notamment le fleuve Congo et ses affluents, qui limite l’accès aux soins et favorise la prolifération des vecteurs. La frontière avec la République du Congo expose également la province à des risques sanitaires transfrontaliers liés aux mouvements de populations et d’animaux, tandis que les inondations, les vents violents et les naufrages accroissent la vulnérabilité des communautés.
Des résultats encourageants, mais encore insuffisants
Les évaluations ont porté sur 37 indicateurs couvrant les capacités exigées par le RSI et l’approche PVS. Les résultats montrent que la province de l’Équateur dispose de quatre indicateurs ayant obtenu le score de 3 et de onze indicateurs ayant obtenu le score de 2, tandis que la majorité des autres indicateurs demeurent au score de 1, traduisant un système de sécurité sanitaire encore en développement.
Ces résultats mettent en évidence des acquis importants sur lesquels la province peut s’appuyer. En matière de prévention, la vaccination contre la rougeole atteint le score de 3, tandis que les instruments juridiques et les mécanismes de coordination et de gouvernance du RSI obtiennent chacun le score de 2. Ces performances traduisent l’existence de bases fonctionnelles, bien qu’elles nécessitent encore d’être consolidées.
Dans le domaine de la détection, les capacités les plus solides concernent l’efficacité du réseau national de diagnostic, les fonctions de surveillance et d’alerte précoce, ainsi que la vérification et l’investigation des événements, qui obtiennent chacune le score de 3. Ces résultats démontrent que la province dispose déjà de mécanismes capables de contribuer à la détection et à la confirmation des événements de santé publique.
Des faiblesses structurelles qui appellent des réformes
Malgré ces acquis, l’évaluation met en lumière d’importantes faiblesses. Sur les 14 domaines techniques RSI évalués, huit affichent un score de 1 ou 2, soit près de 64 % des capacités à un stade limité ou inexistant. Dans le secteur vétérinaire, la situation est plus préoccupante encore : neuf compétences PVS sur onze affichent un score de 1.
Parmi les principaux défis identifiés figurent la faiblesse du financement dédié aux urgences sanitaires, les lacunes dans la surveillance des zoonoses, les insuffisances des capacités de laboratoire, les limites de la logistique d’urgence, la faible résilience des formations sanitaires, les insuffisances dans la communication sur les risques et les capacités limitées aux points d’entrée.
Le secteur vétérinaire apparaît particulièrement fragile. Le rapport relève notamment une législation obsolète, un financement très insuffisant, un personnel vétérinaire limité, l’absence de laboratoire vétérinaire, l’absence de surveillance active et l’inexistence d’un plan de vaccination animale. Ces lacunes limitent la mise en œuvre opérationnelle de l’approche « Une Seule Santé », pourtant essentielle dans une province exposée aux risques zoonotiques.
Une restitution transformée en plaidoyer
La cérémonie de restitution a été marquée par plusieurs interventions. Dans son mot de bienvenue, la Cheffe de Division provinciale de la Santé a souligné que cette rencontre constituait une étape décisive dans le renforcement des capacités de sécurité sanitaire de la province. Elle a rappelé que la participation des autorités et des acteurs multisectoriels témoignait d’un engagement collectif à protéger les populations contre les menaces sanitaires d’origine humaine, animale ou environnementale.
Au nom des partenaires techniques et financiers, leur représentant a salué le leadership des autorités nationales et provinciales, ainsi que l’appui de la Banque mondiale, de l’Organisation mondiale de la Santé, de Resolve to Save Lives à travers son contrat avec l’UG-PDSS, et des autres institutions engagées dans l’accompagnement de la RDC pour bâtir un système de santé plus résilient.
Les partenaires ont également rappelé que les résultats présentés ne doivent pas être considérés comme un simple exercice d’évaluation, mais comme un outil de planification, d’orientation des investissements et de prise de décision. Ils ont souligné que la sécurité sanitaire commence au niveau local, dans les communautés, les zones de santé, les laboratoires, les services vétérinaires et les mécanismes de coordination multisectorielle.
Le Gouverneur appelé à consolider les acquis et accélérer l’action
Représentant le Gouverneur empêché, le Vice-Gouverneur Daniel BOYENGE de province a donné une portée institutionnelle majeure à cette restitution. Son intervention a permis de replacer les résultats de l’évaluation dans une perspective de gouvernance provinciale, de mobilisation des ressources et de responsabilité collective.
Les résultats présentés constituent désormais un outil essentiel d’aide à la décision pour les autorités provinciales. Ils appellent à consolider les acquis observés dans les domaines de la vaccination, de la surveillance, du diagnostic, de la coordination et de la gestion des urgences, tout en accélérant les réformes nécessaires dans les domaines encore fragiles.
Dans cette perspective, le rôle du Gouverneur et du Gouvernement provincial apparaît déterminant pour transformer les recommandations en actions concrètes, mobiliser les ressources nécessaires et renforcer la coordination entre les différents secteurs concernés. Comme l’ont rappelé les partenaires, la réussite des recommandations dépendra de la capacité collective des acteurs à travailler ensemble, à partager les informations, à coordonner leurs actions et à mobiliser les ressources nécessaires pour leur mise en œuvre.
Prochaine étape : une feuille de route provinciale de sécurité sanitaire
À l’issue de cette évaluation, la province de l’Équateur devra franchir une étape décisive : l’élaboration et l’opérationnalisation de la Feuille de Route Provinciale des Actions de Sécurité Sanitaire FRAPSS. Cette feuille de route devra permettre de définir les priorités d’investissement, de renforcer les capacités institutionnelles et d’améliorer la coordination entre les secteurs de la santé humaine, animale, environnementale, sécuritaire et communautaire.
Parmi les recommandations prioritaires figurent notamment l’adaptation des instruments juridiques provinciaux, l’institution de lignes budgétaires dédiées à la préparation et aux urgences sanitaires, le renforcement de la surveillance des zoonoses, l’amélioration des capacités de laboratoire, la mise en place d’un mécanisme multisectoriel de coordination, le renforcement de la communication sur les risques et la surveillance sanitaire aux points d’entrée.
Conduite sous la coordination de l’Institut National de Santé Publique (INSP) ce processus a réussi grâce à l’engagement multisectoriel remarquable notamment du secrétariat général à la santé et hygiène, du secrétariat général à l’environnement développement durable et nouvelle économie du climat et du secrétariat général à la pêche et élevage.
Soutenue par l’UG-PDSS, la Banque mondiale, l’Organisation mondiale de la Santé, Resolve to Save Lives et les autres partenaires engagés, cette initiative s’inscrit dans les efforts du Gouvernement de la République démocratique du Congo visant à doter les provinces de capacités plus solides pour prévenir, détecter et répondre efficacement aux urgences sanitaires.
Pour la province de l’Équateur, le diagnostic est désormais posé. Le défi consiste à transformer les résultats de cette évaluation en décisions, les décisions en investissements, et les investissements en actions concrètes pour bâtir une province mieux préparée, plus résiliente et capable de protéger durablement ses populations contre les menaces sanitaires actuelles et futures.













