Par Gédéon ATIBU
La manifestation organisée ce lundi 4 mai à Kinshasa par plusieurs partis de l’Union sacrée n’était pas une simple marche de soutien.Officiellement, il s’agissait de soutenir les sanctions américaines contre Joseph Kabila et de montrer un attachement à l’administration Trump. Mais sur le terrain, le message politique était diversifié. Des Tshisekedistes ont saisi la balle au bond pour évoquer aussi la question du changement de la Constitution, laissant donc entendre un possible 3e mandat pour le président congolais. Même si tous les partis de la majorité n’y ont pas participé, cette mobilisation a servi de démonstration politique claire : le pouvoir est capable de rassembler les foules et même d’occuper l’espace public.
Ce qui ressort de cette journée, c’est donc ce constat : l’Union sacrée ne contrôle pas seulement les institutions, elle semble aussi contrôler la rue. Or, historiquement en République démocratique du Congo, la rue a toujours été le terrain privilégié de l’opposition. Sous Mobutu Sese Seko comme sous Joseph Kabila, c’est la pression populaire qui faisait trembler le pouvoir. Quand la rue grondait, le régime s’inquiétait et recadrait le tir. Aujourd’hui, la situation paraît inversée. Le pouvoir en place, dirigé par Félix Tshisekedi, occupe à la fois le sommet de l’État et l’espace public, avec des mobilisations qui viennent de sa propre base. Cette double maîtrise change profondément le rapport de force politique au détriment des adversaires du régime.
En face, l’opposition donne l’impression d’être un camp affaibli et sans véritable stratégie. Elle peine à mobiliser, à rassembler et surtout à faire descendre les gens dans la rue comme c’était le cas il y a quelques années. Plusieurs raisons expliquent cette situation. Il y a d’abord la peur. Les arrestations, les intimidations et les poursuites judiciaires contre certains opposants ont installé un climat d’incertitude. Beaucoup hésitent à s’exposer, craignant pour leur vie. Certains opposants sont en prison, d’autres vivent sous pression, et cela envoie un message à tous ceux qui voudraient s’engager dans la même lutte politique. Dans ces conditions, la rue, qui était autrefois un outil de contestation, devient difficile à utiliser pour revendiquer.
Mais il n’y a pas que la pression du pouvoir. L’opposition elle-même montre des limites. Elle est divisée, sans leadership clair et sans stratégie commune. Des initiatives comme Sauvons le Congo autour de Kabila ou encore le rapprochement entre Fayulu et Kabund ne sont jamais plus loin que les déclarations. Plusieurs figures importantes ont quitté le pays depuis plusieurs mois, comme Moïse Katumbi, Matata Ponyo ou encore Joseph Kabila lui-même. Leur voix ne se fait entendre que depuis l’étranger, mais leur impact sur le terrain reste très faible. D’autres personnalités comme Denis Mukwege restent silencieuses, tandis que Martin Fayulu, Delly Sesanga ou Jean-Marc Kabund, bien que présents dans le pays, n’ont pas réussi à lancer une mobilisation capable de faire trembler le pouvoir. L’opposition se limite souvent à des déclarations sur les médias, sans action concrète capable de peser.
Dans ce contexte, Félix Tshisekedi se retrouve dans une position très confortable. Il contrôle les institutions, mais aussi a la capacité de mobiliser les foules. Cela lui donne un avantage énorme. Sans une opposition forte pour le contester, il devient difficile de remettre en cause son pouvoir. Cette situation lui ouvre la voie à une certaine longévité politique, un 3e mandat, comme ses partisans essaient de le soutenir. Sauf surprise inattendue, il semble aujourd’hui difficile de le déstabiliser, tant les contre-pouvoirs apparaissent faibles ou désorganisés.
Cependant, un dernier élément vient compléter ce tableau : la situation sécuritaire dans l’Est du pays. La présence de la rébellion du M23 reste l’un des rares facteurs de pression sur le pouvoir. Sans cette crise, le président apparaîtrait presque intouchable sur le plan politique aujourd’hui. C’est d’ailleurs sur cela, clairement ou de façon voilée que l’opposition essaie de s’accrocher en transformant cette crise en levier politique. Peut-être, se dit-on, elle attend les prochaines échéances électorales pour tenter de s’organiser, sauf que là, il risque d’être trop tard face à un Tshisekedi qui n’arrête de resserrer les rangs et s’enraciner son pouvoir. À ce rythme, et face à une majorité qui ratisse large et occupe tous les espaces, le déséquilibre politique risque de se prolonger, laissant le pouvoir solidement installé face à une opposition qui cherche encore désespérément son chemin.













