Par Emmanuel Medina
La République démocratique du Congo vient de faire un choix politique et sociétal majeur : celui de ne plus abandonner la solidarité aux seuls réflexes de circonstance. En lançant officiellement la Campagne nationale de solidarité à caractère permanent, le président Félix-Antoine Tshisekedi entend transformer l’élan de générosité spontané en une politique publique durable et structurée.
Le constat de départ est brutal. Des millions de Congolais vivent aujourd’hui dans une extrême vulnérabilité, pris au piège par les déplacements forcés, les conflits armés, les catastrophes naturelles et les urgences sanitaires chroniques.
Alors que les crises locales s’accumulent, l’aide internationale se raréfie. Face à ce désengagement progressif, la RDC affiche sa volonté de ne plus attendre indéfiniment que le monde extérieur réponde à toutes ses détresses intérieures.
Cette initiative ne demande pas pour autant à l’État de se défausser de ses missions régaliennes. Le Chef de l’État l’a explicitement rappelé : l’État demeure le premier garant de la protection sociale et de l’assistance humanitaire. La solidarité nationale est conçue pour compléter l’action publique, non pour la remplacer.
Cette précision est essentielle. Elle protège la démarche d’un glissement dangereux qui consisterait à faire porter aux citoyens le poids financier des insuffisances étatiques. La mobilisation proposée fait plutôt appel à la responsabilité collective. Entreprises, institutions, confessions religieuses, société civile, diaspora et simples citoyens sont ainsi invités à participer à l’effort national selon leurs moyens.
Parce que la générosité ne suffit pas, l’initiative devra impérativement être protégée par une transparence absolue. Chaque franc congolais mobilisé doit être tracé, chaque don enregistré et chaque opération contrôlée.
L’exigence présidentielle d’audit, de redevabilité et de publication régulière des résultats financiers s’avère ici décisive. Sans cette rigueur administrative, la confiance indispensable s’effondrera. À l’inverse, avec une gestion irréprochable, cette solidarité peut devenir une véritable force nationale.
Le défi dépasse le cadre de l’urgence humanitaire immédiate pour toucher aux fondements politiques et moraux de la nation. Venir en aide à un Congolais déplacé à l’Est, soutenir une famille sinistrée au Centre ou appuyer une communauté frappée par une catastrophe naturelle ailleurs, c’est réaffirmer l’unité du pays. La nation ne s’arrête ni aux frontières provinciales ni aux appartenances communautaires.
La RDC n’a pas seulement besoin de compassion ; elle nécessite l’ancrage d’une solide culture de la responsabilité citoyenne. Cette campagne permanente sera désormais jugée à l’aune de ses résultats concrets sur le terrain. Les annonces doivent céder la place aux actes pour que la solidarité devienne pleinement visible dans le quotidien des bénéficiaires. Le pari est ambitieux, il impose une vigilance tout aussi ambitieuse.













