RDC : Joseph Kasa-Vubu, une mémoire oubliée 54 ans après sa disparition

Dans les tumultes de la lutte pour l’indépendance de 1960, Joseph Kasa-Vubu a joué un rôle majeur dans la résistance face aux colons belges, aux côtés d’autres pères de l’indépendance, notamment Patrice Emery Lumumba. Ce combat l’a conduit à devenir le premier président de l’histoire politique de la République démocratique du Congo.

Par Patient MBY

Né en 1917 à Dizi, dans le Mayombe (actuelle province du Kongo-Central), Kasa-Vubu reçoit une formation rigoureuse auprès des missionnaires catholiques Scheut au Grand séminaire de Kabwe-lez-Luluabourg, dans le Kasaï-Central, où il achève ses études littéraires avant d’exercer comme enseignant. De retour à Kinshasa, il occupe un poste de comptable dans l’administration coloniale.

Animé par l’idéologie de décolonisation de l’Afrique, Joseph Kasa-Vubu se lance en politique et fonde l’Association des Bakongo. En 1958, il devient le premier bourgmestre noir de la commune de Dendale (aujourd’hui Kasa-Vubu). Opposé au plan Van Bilsen, qui prévoyait une indépendance différée, il exige, avec ses pairs, l’indépendance immédiate. Cette position contribue aux émeutes du 4 janvier 1959 à Léopoldville.

Le 30 juin 1960, après l’indépendance, Kasa-Vubu accède à la présidence. Son mandat est marqué par de fortes tensions politiques avec son Premier ministre, Patrice Emery Lumumba. Après cinq années au pouvoir, Kasa-Vubu est précipité du trône par un coup d’État mené par Mobutu Sese Seko le 24 novembre 1965, un choc qui provoqua sa mort le 24 mars 1969, à Boma, où il fut assigné en résidence surveillée.

Cinquante-quatre ans après sa disparition, la mémoire de Kasa-Vubu semble s’effacer. Son nom est principalement évoqué dans les manuels scolaires, sans réelle présence dans la mémoire collective. Contrairement à Patrice Emery Lumumba et à Laurent-Désiré Kabila, élevés au rang de héros nationaux et commémorés chaque année, Kasa-Vubu reste en retrait, malgré son rôle déterminant.

Aucune commémoration d’envergure n’est organisée à la date de son décès pour rappeler son héritage. Cette situation soulève une interrogation : les congolais sont-ils devenus amnésiques ou s’agit-il d’un manque de volonté politique dans la valorisation de ses figures fondatrices ?

Plus d’un demi-siècle après, les frustrations montent. La société civile du territoire de Tshela dénonce l’absence d’initiatives commémoratives en son honneur, dans le Kongo-Central comme dans le reste du pays.

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