RDC : La soudanisation à l’étape de la guerre d’usure : ingrédients réunis à 70%, Kabila sonne à l’alerte !

Un pays où les citoyens sont dominés par l’émotion n’est généralement pas bien à l’abri d’une implosion ou d’une menace programmée. Si les institutions sont faibles, l’émotion mène à l’anarchie ou la dictature; si elles sont fortes, l’émotion devient un moteur de cohésion nationale. Cette dernière exigence manque actuellement à la République démocratique du Congo qui traverse l’une des pages les plus sombres de son histoire depuis la chute, début 2025, des villes de Goma et de Bukavu. Depuis ces événements de janvier et février 2025, « la riposte vigoureuse et coordonnée » s’est fait toujours attendre.

Par Gédéon ATIBU

Ce vide laisse place à un dangereux défaitisme, nourri par le statu quo observé sur le terrain. D’un côté, les rebelles campent sur leurs positions sans chercher à conquérir de nouvelles localités ; de l’autre , l’armée loyaliste maintient une dynamique d’attaques par drones, mais sans obtenir de résultats majeurs à même de renverser la donne. Les populations commencent ainsi à perdre tout espoir de retour à la normale.

Sur le plan diplomatique, le constat est tout aussi amer. Malgré la réthorique de l’agression rwandaise, le gouvernement et les rebelles sont renvoyés dos-à-dos. Cette tendance illustre parfaitement la dynamique du rapport de force mondial via les lobbys : la communauté internationale, certes, a les moyens de mettre fin à cette tragédie, mais elle n’en a pas la volonté. Ce désintérêt global fige le conflit dans un cessez-le-feu fragile, transformant l’occupation en une sécession de fait.

C’est dans ce contexte de fragilité que le pouvoir central semble vouloir foncer avec un changement de la Constitution. Ce projet, loin d’être une simple formalité administrative, constitue le danger ultime. En touchant au pacte fondamental dans un climat de guerre d’usure, Kinshasa risque d’offrir l’argument final aux séparatistes : celui de la rupture définitive du contrat social. Un changement constitutionnel non consensuel en période de crise territoriale fragilise la légitimité de l’État central et fournit un prétexte en or à ceux qui, à l’Est comme ailleurs, souhaitent s’émanciper d’un pouvoir qu’ils jugeront désormais « hors-jeu ». Les ingrédients d’une implosion totale sont ainsi réunis : une armée enlisée, une diplomatie impuissante et un front intérieur divisé par des querelles de pouvoir.

L’ancien chef de l’État, Joseph Kabila, ne s’y est pas trompé. Dans son interview à Libre Afrique ce lundi 23 mars, il a alerté sur le risque imminent de « soudanisation ». Le constat est glacial : nous en sommes aujourd’hui à 70%. L’AFC/ M23 a déjà instauré un « État dans l’État », avec une administration parallèle, une police et une autorité judiciaire. En s’installant ainsi dans la durée Corneille Nangaa et ses maîtres posent des actes comme s’ils jouissaient d’une légitimité, contraignant Kinshasa à des négociations dont la suite bat de l’aile.

Face à l’incapable d’engager plus de ressources pour une victoire totale, l’ennemi joue désormais la carte de la guerre d’usure. Cette arme redoutable vise à briser la volonté du commandant adverse et des civils, jusqu’à ce qu’ils se disent : « Le coût de cette guerre est devenu plus élevé que les bénéfices potentiels de la victoire. » À l’image du Soudan du Sud en 2011, où l’usure a fini par imposer l’idée d’une séparation comme « la seule solution » à la paix, le danger est de voir la communauté internationale valider un jour ce découpage géographique sous prétexte d’un enlisement définitif.

Cette stratégie comporte tous les éléments d’un conflit gelé menant à une sécession de fait. Sans une reprise rapide de ces territoires, il ne manquera bientôt à ces zones qu’un drapeau et une monnaie pour se déclarer officiellement État à part entière.

Le choix des mots de Joseph n’est donc pas aléatoire. En parlant de « soudanisation », il pointe une fracture interne concrète qui menace l’unité du pays. Ce scénario, s’il advenait, serait un terreau fertile pour nourrir d’autres velléités du genre, notamment dans l’ex- province du Katanga. À ce moment-là, la « balkanisation », programmée depuis des lustres par certaines puissances occidentales, nous guetterait également.

Face à cette menace de fragmentation, l’heure n’est plus aux lamentations mais à la responsabilité partagée. Le débat est relancé et l’urgence est signalée : pour éviter l’implosion finale, comme l’a martelé l’ancien président, « la sagesse » doit élire domicile au Palais de la Nation afin de sortir la République de cette impasse historique.

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