Depuis plusieurs mois, le débat sur un éventuel changement de la Constitution occupe une place importante dans les discussions politiques en République démocratique du Congo.
Par Gédéon ATIBU
Plusieurs personnalités politiques, membres de la majorité présidentielle et acteurs de la société civile ont publiquement exprimé leur soutien à cette idée. Mais au-delà des déclarations, la question de la mobilisation populaire reste entière.
La marche organisée ce vendredi 5 juin à Kinshasa par l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia en faveur du changement de la Constitution a justement permis de mesurer l’engagement réel de différents soutiens à cette initiative. Cependant, l’événement laisse derrière lui plusieurs interrogations. Malgré les nombreux discours favorables à une révision constitutionnelle, la mobilisation observée dans les rues de la capitale a semblé reposer essentiellement sur les fidèles de l’archevêque et les militants de la Coalition Citoyenne pour la Nation (CCN).
Pourtant, plusieurs responsables de l’Union sacrée ont souvent défendu l’idée d’un changement de la Constitution. Des députés, des cadres de partis politiques et des militants de la majorité ont régulièrement pris la parole dans les médias pour soutenir cette option. Mais lors de cette manifestation, leur présence est restée discrète, voire totalement absente.
Cette situation soulève plusieurs questions. Pourquoi les partis favorables à la révision constitutionnelle n’ont-ils pas appelé leurs militants à participer massivement à cette marche ? Pourquoi cette initiative n’a-t-elle pas bénéficié d’un soutien visible des principales forces politiques qui défendent pourtant le même projet ? Beaucoup s’attendaient à voir une démonstration de force plus importante afin de passer un message à l’opinion.
Pour certains observateurs, cette faible mobilisation pourrait être un manque de coordination entre les acteurs qui soutiennent la réforme constitutionnelle. D’autres pensent plutôt qu’il existe une certaine prudence politique autour de ce dossier. Il est souvent plus facile de défendre une idée dans les discours que de l’assumer publiquement dans une manifestation populaire, surtout lorsque le sujet continue de susciter des débats et des controverses.
Les organisateurs ont également dénoncé ce qu’ils considèrent comme un sabotage après le changement de dernière minute du lieu de clôture de la marche. Selon eux, cette décision aurait perturbé l’organisation et découragé certains participants. Mais même en tenant compte de cet argument, une question demeure : où étaient les autres acteurs politiques qui soutiennent publiquement le changement de la Constitution ?
L’image laissée par cette manifestation est celle d’un archevêque qui a porté presque seul dans la rue une cause pourtant soutenue dans les discours par plusieurs responsables politiques. C’est ici où revient le débat sur la capacité réelle de mobilisation des partisans de la révision constitutionnelle et sur la sincérité de certains soutiens affichés ces derniers mois.
La marche de l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia apporte donc moins de réponses qu’elle ne soulève de questions. Les partisans du changement de la Constitution devront sans doute expliquer pourquoi cette occasion n’a pas permis de démontrer une mobilisation face à des opposants qui ne jurent que par freiner le projet. Car pour beaucoup d’observateurs, une cause présentée comme largement soutenue devrait normalement pouvoir rassembler bien au-delà d’un seul camp ou d’une seule organisation religieuse.












