RDC : Quel rôle la Chine joue-t-elle dans la crise du M23 ?

RDC : Quel rôle la Chine joue-t-elle dans la crise du M23 ?

La Chine s’est toujours présentée comme un pays qui veut aider à mettre fin à la guerre dans l’Est de la RDC. Mais sur le terrain, des armes fabriquées en Chine sont retrouvées dans les rangs du M23. D’où la légitime question de s’interroger sur le rôle joué par Pékin dans cette crise.

Par Charles Muhindo

Une analyse publiée le 20 août par l’African Desk for Strategic Analysis (AFRIDESK) rapporte que plusieurs armes récupérées par les FARDC dans les positions du M23 sont de fabrication chinoise. Il s’agit notamment de fusils d’assaut, de mitrailleuses, de mortiers et de lance-roquettes antichars. Un canon chinois de 107 millimètres et un véhicule blindé Yitian ont également été constatés parmi les équipements utilisés par la rébellion.

L’analyste congolais Jean-Jacques Wondo, cité dans cette analyse, affirme que les armes saisies sur le M23 sont presque toutes de fabrication chinoise. Selon lui, les FARDC ont notamment récupéré des armes de type Kalachnikov, des mortiers et des lance-roquettes.

Mais comment ces armes arrivent-elles chez le M23 ? L’une des explications avancées passe par le Rwanda. Kigali a acheté, au fil des années, plusieurs équipements militaires chinois, notamment des pièces d’artillerie, des missiles antichars et des véhicules blindés. Or, le Rwanda est accusé par les Nations unies de soutenir le M23.

« Ces armes ne viennent pas directement de Pékin. Elles proviennent de l’arsenal rwandais, largement approvisionné par la Chine, puis passent entre les mains du M23 », rapporte l’analyse d’AFRIDESK.

Le problème est donc aussi celui du contrôle de ces équipements après leur vente. L’analyse cite également China Xinxing, une entreprise publique chinoise spécialisée dans l’exportation de matériels militaires et logistiques. Des équipements portant sa marque auraient été retrouvés dans les mains de combattants du M23.

« Que ce soit à travers le risque de détournement dont Pékin avait depuis longtemps connaissance dans ses ventes au Rwanda, ou par des circuits plus directs impliquant des exportateurs publics comme China Xinxing, les armes retrouvées dans les positions du M23 racontent une histoire que les déclarations diplomatiques de la Chine n’ont pas encore réussi à expliquer », écrit Mustapha Bature Sallama dans cette analyse.

La Chine vend aussi des armes à la RDC, dont des drones. Pour Kinshasa, il s’agit d’achats effectués dans le cadre des relations entre États. Mais le fait que des armes chinoises se retrouvent également dans les mains du M23, directement ou après leur passage par le Rwanda, soulève des interrogations sur le rôle de Pékin.

La question est d’autant plus délicate que la Chine possède d’importants intérêts économiques dans l’Est congolais, notamment dans le cobalt, le coltan et le cuivre. De son côté, le M23 contrôle des zones riches en minerais et est accusé de tirer profit de leur exploitation et de leur commerce.

La Chine, même au Conseil de sécurité, continue d’évoquer sa non-ingérence et se présente comme un État soutenant le dialogue. Mais avec la présence de matériel chinois sur les lignes de front, cette position devient difficile à comprendre pour certains observateurs.

La Chine ne combat donc pas directement aux côtés du M23. Mais ses armes se retrouvent dans les mains de la rébellion, tandis que Pékin fournit également du matériel militaire à ses voisins et à la RDC. C’est ce circuit, et surtout la manière dont ces armes passent d’un arsenal à l’autre, qui conduit aujourd’hui à s’interroger sur le rôle de la Chine dans la guerre du M23.

Certaines analyses estiment ainsi que, bien que ne combattant pas aux côtés des belligérants, Pékin pourrait contribuer indirectement à la pérennisation du conflit, compte tenu de la présence de ses armes dans les deux camps, notamment au sein de la rébellion.

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