Les mesures annoncées par l’Office of Foreign Assets Control du département du Trésor des États-Unis visant les Forces de défense rwandaises et quatre de leurs hauts responsables marquent une nouvelle étape dans la pression exercée sur Kigali pour son implication présumée dans la crise à l’Est de la République démocratique du Congo aux côtés de l’AFC-M23. Entre gel des avoirs, suspension de contrats militaires et portée réelle des sanctions individuelles, la question demeure : Washington passe-t-il des paroles aux actes concrets ?
Par Patient MBY
Le bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor américain a sanctionné l’armée rwandaise et quatre de ses officiers supérieurs pour leur implication directe ou indirecte dans la guerre qui sévit dans l’Est de la République démocratique du Congo aux côtés de l’AFC-M23.
Ces sanctions concernent principalement
- RDF
- Le gel des avoirs aux États-Unis
- L’interdiction de toute transaction avec des personnes ou entreprises américaines
- Une exception temporaire est accordée aux contrats ou opérations déjà en cours, jusqu’au 1er avril 2026
2. Officiers supérieurs
- Le gel des avoirs
Les sanctions interviennent à une étape importante de la crise dans l’Est de la RDC, où le Rwanda est accusé de saboter les accords de Washington, signés le 05 décembre 2025, en soutenant le mouvement rebelle de l’AFC-M23 pour prendre la ville d’Uvira.
Cette fois-ci, les sanctions américaines ont franchi un cap important : celui de suspendre, d’ici le 1er avril, les contrats et opérations avec l’armée rwandaise, ainsi que d’interdire leur renouvellement. Sachant que les États-Unis, à travers l’AFRICOM, entretiennent des relations militaires avec les RDF en participant à leur formation, à leur encadrement et à la lutte contre le terrorisme.
Paul Kagame, au pouvoir depuis une vingtaine d’années, a reçu une formation militaire à l’U.S. Army Command and General Staff College à Fort Leavenworth, dans le Kansas, en 1990. Une expérience qui lui a permis de renverser le pouvoir de Juvenal Habyarimana. Ces sanctions mettent fin à un parrainage militaire historique et pourraient contraindre Paul Kagame à se replier sur lui-même pour redéfinir les paramètres de son armée. Un frein à la progression de l’agression.
En parallèle, les sanctions individuelles infligées aux hauts responsables de l’armée rwandaise paraissent nulles et sans effet sur la situation à l’Est du Congo. Il faut se poser la question de savoir si ces officiers ont des avoirs dans la Trésorerie américaine qui seront gelés afin d’impacter leur vie. Rappelons qu’en 2025, lors de l’intensification des hostilités avec la chute de Goma en janvier et de Bukavu en février aux mains de la rébellion, le Trésor américain a annoncé le gel des avoirs de James Kabarebe (RDF) et Lawrence Kanyuka (M23), des sanctions qui n’ont pas endigué l’évolution fulgurante de l’AFC-M23 au cours de l’année 2025.
Le regret du Rwanda, une victoire pour la RDC ?
Les mesures prises par Washington énervent Kigali, qui voit son hégémonie s’anéantir dans les Grands Lacs. Mais attention ! Les pleurs de Kagame, dans cette situation, peuvent ressembler à des larmes de crocodile, quitte à endormir les Congolais dans le triomphalisme pour mener des coups bas. Ceci rejoint la pensée d’un journaliste et analyste congolais qui dit : « nous sommes un berceau d’illusions » ; il suffit d’une inquiétude factice du Rwanda pour que les Congolais s’exaltent en joie et en éloges à la diplomatie « agissante » du président de la République, alors qu’il s’agit d’une stratégie de diversion de l’ennemi.
Les sanctions contre l’armée rwandaise sont un pas dans la bonne direction. Mais l’imposition d’un embargo sur l’achat d’armes et des sanctions économiques structurantes contre le régime de Paul Kagame pourraient faire bouger les lignes.













