VIH avancé : DNDi innove et décentralise les soins pour sauver des vies en RDC

Par Pierre Kabakila

Un partenariat stratégique entre l’organisation de recherche médicale Drugs for Neglected Diseases initiative (DNDi) et le Programme National de Lutte contre le Sida (PNLS) du Ministère de la Santé de la République Démocratique du Congo donne un nouveau souffle à la prise en charge des personnes atteintes du VIH à un stade avancé. Lancé à Kinshasa, ce projet vise à réduire drastiquement les décès liés au sida grâce à une approche innovante de décentralisation des soins et de dépistage précoce.

Une « maladie négligée » désormais prioritaire

Le projet s’inscrit dans le cadre de l’initiative IMPAACT4HIV, un consortium dirigé par l’Institut Aurum et financé par Unitaid. Il s’attaque spécifiquement au VIH à un stade avancé (Advanced HIV Disease – AHD), une phase où le système immunitaire est très affaibli (taux de CD4 inférieur à 200) et où des infections graves, telles que la méningite à cryptocoque ou la tuberculose, peuvent survenir.

Comme l’explique Chirac Bulanga, Chef du bureau de DNDi en RDC, dans une interview accordée à REPORTER.CD, « l’objectif principal du projet c’est la réduction de [la] morbi-mortalité des patients du SIDA avancé. Le SIDA avancé est considéré comme négligé, [il n’y a] pas une attention particulière à cette catégorie des patients. » Ce constat souligne l’urgence de cette initiative, car, comme il le rappelle, « les patients sont très [fragiles], ils meurent facilement. »

La décentralisation des soins : une innovation salvatrice

Le cœur de cette stratégie réside dans la décentralisation des soins. Le projet a formé des médecins, infirmiers et laborantins dans neuf structures de santé périphériques, surnommées « spokes ». Cette approche permet de soigner les malades « en périphérie au niveau de centre de santé, ce qui ne se faisait pas avant », précise Chirac Bulanga. « L’approche décentralisée, ça veut dire on prend en charge les malades déjà au niveau de centre de santé. C’est une innovation qui va permettre concrètement de dépister le plus tôt. Quand il y a la proximité entre les patients, on dépiste un peu tôt et on soigne. »

Cette proximité avec les patients facilite non seulement le dépistage précoce mais aussi le début du traitement et l’accompagnement, y compris pour ceux qui auraient cessé leur suivi. Les cas les plus complexes sont référés à l’Hôpital Boyambi, désigné comme « hub » ou centre de référence.

Face aux baisses de financement : l’appel aux « financements domestiques »

Malgré l’urgence de la situation, le projet doit composer avec la réalité d’une réduction des financements mondiaux. « Parmi les partenaires, il y a ceux qui sont sérieusement impactés par le financement de l’aide internationale », reconnaît M. Bulanga.

Pour surmonter ce défi, DNDi et ses partenaires « vont continuer à mobiliser la communauté internationale ». Mais l’appel est également lancé à la RDC elle-même : « Il faudrait qu’il [y] ait aussi des financements domestiques, comme au ministère de la Santé qu’il voie comment ils peuvent aussi soutenir le VIH. »

Vers une extension nationale et la recherche de traitements innovants

Pour l’heure, le projet se concentre sur Kinshasa, travaillant en étroite collaboration avec le PNLS. Cependant, Chirac Bulanga exprime l’ambition d’aller au-delà : « D’abord c’est Kinshasa nous travaillons avec le programme national de lutte contre le SIDA. Ce sont eux qui nous donnent des orientations. Dans un premier temps c’est Kinshasa et [nous allons] continuer à faire plaidoyer pour qu’on puisse l’étendre au niveau des autres provinces. »

En parallèle de cette approche clinique, DNDi poursuit ses efforts de recherche pour combler les lacunes thérapeutiques. L’organisation développe notamment une nouvelle formulation de la flucytosine, un médicament essentiel contre la méningite cryptococcique. Cette nouvelle version promet de réduire la posologie et d’être plus facile à administrer, y compris à domicile, ce qui pourrait transformer la prise en charge de l’une des infections opportunistes les plus fréquentes chez les patients atteints du VIH avancé.

Ce projet à Kinshasa représente un pas crucial vers une riposte au VIH plus résiliente et inclusive en RDC, en attendant son déploiement potentiel à l’échelle nationale.

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