L’ancien diplomate et homme d’affaires belge Étienne Davignon est décédé à l’âge de 93 ans. Personnalité influente en Belgique et en Europe, il avait occupé plusieurs postes importants au cours de sa carrière, notamment dans la diplomatie, l’industrie et les institutions européennes. En République démocratique du Congo, son nom est surtout cité dans le dossier de l’assassinat de Patrice Émery Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant tué en janvier 1961 au lendemain de l’indépendance.
Selon des informations recueillies, au moment des faits, Étienne Davignon travaillait comme jeune stagiaire au ministère belge des Affaires étrangères. Affecté aux dossiers congolais pendant cette période, il faisait partie des diplomates qui suivaient l’évolution rapide de la crise politique congolaise après l’indépendance du pays en 1960. Même s’il n’était pas considéré comme l’un des principaux responsables politiques belges de l’époque, plusieurs enquêtes et documents publiés au fil des années ont montré qu’il participait à des échanges diplomatiques concernant le sort de Patrice Lumumba et les décisions prises autour de son maintien ou non au pouvoir.
Comme on le sait, l’affaire Lumumba a longtemps poursuivi les autorités belges. En 2001, une commission parlementaire mise en place en Belgique avait conclu que l’État belge portait une responsabilité morale dans les événements ayant conduit à l’assassinat du dirigeant congolais. Cette enquête citait également Étienne Davignon parmi les personnalités ayant pris part à certaines discussions politiques de l’époque. Selon plusieurs éléments évoqués dans les investigations, des responsables belges cherchaient alors à convaincre le président Joseph Kasa-Vubu d’écarter Lumumba, considéré par certains Occidentaux comme un dirigeant trop nationaliste et trop proche de l’Union soviétique dans le contexte de la guerre froide.
Au fil du temps, Étienne Davignon était devenu le dernier survivant parmi les anciens responsables belges poursuivis dans cette affaire. En 2011, la famille Lumumba avait déposé une plainte contre plusieurs anciens responsables politiques et diplomatiques belges pour crimes de guerre et complicité dans l’assassinat de Patrice Lumumba. Les autres personnes citées dans le dossier étant décédées au fil des années, Davignon était resté le seul encore en vie au moment où la justice belge poursuivait ses investigations sur ce dossier historique qui dure depuis plus d’une décennie.
En mars 2026, la justice belge avait décidé de renvoyer Étienne Davignon devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Il était soupçonné d’avoir participé à plusieurs actes liés au traitement réservé à Patrice Lumumba avant son assassinat, notamment sa détention illégale, son transfert vers le Katanga, les humiliations et mauvais traitements subis ainsi que la privation d’un procès équitable. Les accusations ne portaient toutefois pas sur une implication directe dans l’exécution elle-même, mais plutôt sur un rôle présumé dans le processus politique et administratif ayant conduit à la mort du leader congolais, précisent des éléments consultés par notre rédaction.
Quelques jours après cette décision judiciaire, l’ancien diplomate belge avait introduit un appel afin de contester son renvoi devant le tribunal. Cette démarche avait été critiquée par les avocats de la famille Lumumba, qui estimaient qu’elle allait encore ralentir une procédure déjà marquée par de nombreux reports et retards depuis plus de 15 ans. L’affaire Lumumba conserve aujourd’hui une place importante dans l’histoire de la RDC et des relations entre la Belgique et son ancienne colonie. De nombreux historiens estiment que plusieurs intérêts politiques, économiques et géopolitiques étaient en jeu à cette époque, notamment les richesses minières du Katanga et les rivalités entre les grandes puissances durant la guerre froide. Patrice Lumumba était devenu un symbole du nationalisme africain et de la lutte anticoloniale, ce qui inquiétait certains gouvernements occidentaux ainsi que des milieux économiques attachés à leurs intérêts au Congo.
Après l’assassinat de Lumumba, son corps avait été détruit dans l’acide afin d’effacer toute trace. Pendant des décennies, seule une dent conservée par un ancien policier belge était restée comme relique du dirigeant congolais. Celle-ci avait finalement été restituée à sa famille en 2022 lors d’une cérémonie officielle organisée en Belgique.













