La première audience du dossier opposant vingt-sept habitants de Kolwezi, dont huit enfants, à la Compagnie minière Musonoie Global (COMMUS) s’est déroulée mardi 3 novembre 2026, devant le Tribunal de commerce de Kolwezi, dans la province du Lualaba.
Par Patient MBY
Selon un communiqué conjoint de RAID et AFREWATCH publié mardi 3 novembre, ces habitants accusent COMMUS de pollution de l’air, de l’eau et des sols dans leurs quartiers. Par ailleurs, ils mettent également en cause l’État congolais et l’Agence congolaise de l’environnement (ACE), et réclament une indemnisation de plus de 6 millions de dollars.
COMMUS, entreprise minière appartenant au géant minier chinois Zijin Mining, est poursuivie pour les conséquences de ses activités industrielles sur la santé, l’environnement et les conditions de vie de ses riverains. Les plaignants reprochent également aux autorités congolaises un défaut de surveillance des activités minières et une application insuffisante de la réglementation environnementale.
Les habitants réclament près de 1,3 million de dollars américains à titre d’indemnisation pour les problèmes de santé, les frais médicaux, les pertes de revenus et les préjudices moraux subis, ainsi que 5 millions de dollars pour la restauration des zones environnementales dégradées. Une somme qui équivaut à 6,3 millions de dollars américains au regard des dégâts sanitaires et environnementaux causés par l’entreprise chinoise.
Par ailleurs, les plaignants exigent de l’entreprise qu’elle mette fin aux pollutions, dépollue les eaux et les sols, fournisse de l’eau potable aux communautés affectées et finance une étude indépendante sur les conséquences sanitaires de ses activités. La partie demanderesse souhaite que la décision de justice entraîne un renforcement du contrôle de la part des autorités ainsi qu’un meilleur accès du public aux documents environnementaux de la mine.
Des études scientifiques à l’origine de la plainte
Le dossier judiciaire est parti des études scientifiques indépendantes réalisées par Source International, à la demande de RAID, une ONG britannique spécialisée dans la responsabilité des entreprises, et de l’organisation congolaise AFREWATCH. Publiées en juin 2026, ces études portent sur les conséquences des activités minières industrielles de COMMUS, notamment la pollution de l’air et de l’eau dans les quartiers environnants de l’entreprise.
Des concentrations de particules fines PM2,5 proches de trois fois la limite journalière recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont été découvertes dans l’école Galaxy, fréquentée par environ 1 500 élèves et située à proximité de la mine. Ces particules contenaient des concentrations élevées de cuivre et de cobalt, selon les analyses effectuées à partir de la poussière.
Un autre dispositif de mesure installé en septembre 2026 dans le quartier Musonoie a révélé des concentrations moyennes de PM2,5 supérieures à cinq fois la limite journalière recommandée par l’OMS au cours des mois de septembre et octobre. Une journée a même enregistré une moyenne quotidienne atteignant huit fois cette référence.
Les scientifiques ont également découvert une forte acidité de l’eau et des concentrations élevées de métaux dans un puits communautaire situé à proximité des installations de stockage des résidus miniers de COMMUS.
De leur côté, des habitants interrogés par les deux organisations ont signalé plusieurs problèmes de santé, notamment des toux, des saignements de nez et des maux de tête, qu’ils attribuent à la pollution minière.
Dégradation du cadre de vie des habitants
Parmi les requérants figure une mère de huit enfants, identifiée sous le prénom d’emprunt Marie. Elle affirme que les conditions de vie dans son quartier ont considérablement changé depuis l’installation de COMMUS en 2015.
Selon son témoignage, un ruisseau qui traversait autrefois le quartier permettait aux habitants de pêcher des poissons, de récolter des légumes et de disposer d’eau pour les besoins domestiques. Depuis quelque temps, ces activités ont été interrompues et le cours d’eau a été obstrué, puis son passage a été détourné par les activités minières de COMMUS.
« Avant, nous vivions bien. Nous pêchions, des légumes poussaient naturellement le long du ruisseau et nous utilisions son eau pour cuisiner et nous laver. Mais COMMUS a pollué notre ruisseau », témoigne-t-elle.
À l’en croire, l’utilisation de cette eau entraîne des problèmes cutanés et les émissions provenant des installations de stockage de l’entreprise provoquent des irritations lorsqu’elle prend l’air à l’extérieur.
Les habitants se disent sous-informés des risques liés aux activités de la mine. Ces derniers, affirme le communiqué, n’auraient pas eu accès à l’étude d’impact environnemental et social (EIES) de COMMUS, alors que la législation congolaise prévoit que ces documents soient accessibles au public.
COMMUS rejette les accusations
Face à ces accusations, la société minière avait indiqué, dans une réponse adressée à RAID et AFREWATCH en juillet 2026, que ses activités respectaient la réglementation environnementale congolaise. Elle soutenait également que ses propres mesures indiquaient que la qualité de l’air respectait généralement les normes applicables.
COMMUS avait estimé que la pollution observée à Kolwezi pouvait avoir plusieurs origines, notamment les conditions géologiques naturelles, les anciennes activités minières et d’autres activités industrielles. L’entreprise avait également mis en avant les mesures prises pour maîtriser les poussières et gérer les eaux usées, tout en s’engageant à renforcer la surveillance environnementale indépendante et le dialogue avec les communautés.
La première audience tenue ce mardi 3 novembre a essentiellement porté sur les questions de procédure. Le tribunal n’a pas encore examiné le fond du dossier.
Soutenue par RAID et AFREWATCH, cette action est portée devant la justice par les habitants, représentés par le cabinet congolais MUN Consulting Law Firm.













