17 avril – 17 juillet 2026, trois mois se sont écoulés depuis la relance du processus de Doha, délocalisé à Montreux, en Suisse. Le 17 avril dernier, le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC-M23 ont signé un protocole d’accord prévoyant la libération des prisonniers dans un délai de dix jours, avec l’appui du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), l’acheminement sans entrave de l’aide humanitaire et le respect du cessez-le-feu. Trois mois plus tard, le processus piétine, tandis que les résolutions n’ont toujours pas été mises en œuvre.
Par Patient MBY
Alors que les deux parties avaient convenu de libérer respectivement 311 détenus pour la rébellion et 166 pour le gouvernement, le statu quo plane sur la mise en œuvre de ces engagements. Quelques semaines après cet accord conclu dans le cadre du processus de Doha, plusieurs sources avaient annoncé la libération par Kinshasa de quelques prisonniers du mouvement rebelle. Ces derniers étaient partis de la capitale pour rejoindre la ville de Goma, bastion de l’AFC-M23. Du côté de la rébellion, aucun détenu n’a été libéré, selon les dernières informations.
Pourquoi les prisonniers ne sont-ils pas libérés ?
Le cessez-le-feu convenu n’a pas été respecté. Les combats se poursuivent dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, avec la conquête de nouvelles localités par la rébellion. Le non-respect des engagements par les deux parties relance le débat sur l’efficacité des pourparlers de paix et des accords. Des observateurs s’interrogent sur les raisons de ce statu quo. Certains estiment que les deux parties manquent de volonté politique pour concrétiser les résolutions adoptées et faire avancer le processus.
Selon Radio Okapi, la libération des prisonniers piétine en raison des difficultés à identifier les centres de détention et les personnes concernées, à valider les listes de détenus de part et d’autre, des contraintes judiciaires, alors que Kinshasa considère certains prisonniers comme stratégiques, ainsi que des défis sécuritaires et sanitaires liés notamment à l’épidémie d’Ébola qui sévit dans l’Est du pays.
Le processus de Doha au point mort
Entre-temps, les discussions reprises à Montreux le 13 avril dernier sont au point mort. Les négociateurs auraient déjà quitté la Suisse. Benjamin Bonimpa, secrétaire permanent et délégué de l’AFC-M23 à la table des négociations, a été aperçu dans la localité de Point Zéro, dans la province du Sud-Kivu, lors de la conquête de cette zone stratégique par le mouvement rebelle au cours de la semaine dernière.
Résurgence des hostilités, non-respect du cessez-le-feu et arrêt temporaire des pourparlers : ces éléments remettent en cause l’efficacité des processus de paix pour résoudre la crise dans l’Est du pays. Pour certains experts, le statu quo s’explique par la divergence des objectifs entre Kinshasa et l’AFC-M23. Selon l’avant-projet d’accord proposé par le médiateur qatari en août 2025, la rébellion revendiquerait, notamment la gestion de la partie occupée pour un mandat de cinq ans renouvelable. le régime en place reste campé sur sa position, rejetant cette proposition, ainsi que le brassage et le mixage.
Faire des concessions à tout prix ?
Pour sortir de l’impasse, d’aucuns proposent aux deux parties de faire des concessions lors des négociations. Cette approche pourrait désamorcer la crise et permettre le retour d’une paix durable. Face à l’histoire récente de la RDC, Félix Tshisekedi craindrait l’intégration des rebelles dans les institutions, car cette méthode a déjà montré ses limites.
À ce stade, aucun calendrier n’a été annoncé pour une reprise des discussions. En l’absence d’avancées sur les mesures de confiance, notamment la libération des prisonniers et le respect du cessez-le-feu, le processus de Doha risque de rester dans l’impasse, alors que la situation sécuritaire continue de se détériorer dans l’est de la RDC.













