Le dialogue national va-t-il finalement avoir lieu en RDC ? Pendant plusieurs semaines, cette question est sur toutes les lèvres, surtout après l’expiration, le 15 août dernier, de l’ultimatum lancé par l’opposition. Jusque-là, aucun calendrier précis n’avait été publié. Et le silence de la présidence à ce sujet a fini par faire douter les Congolais. Mais, à Libreville, Félix Tshisekedi a finalement annoncé une prochaine adresse à la Nation pour préciser les contours de ce dialogue. L’aube pointe donc à l’horizon, même si beaucoup de choses restent encore à préciser.
Par Charles Muhindo
L’annonce du chef de l’État intervient dans un contexte marqué par la reprise par l’opposition de ses activités politiques, notamment une nouvelle manifestation pour le 15 septembre en direction du Palais du peuple. La C64 s’est notamment engagée à dénoncer l’absence de convocation du dialogue et à mettre en garde les députés et les sénateurs au sujet de la proposition de loi sur le référendum. Toutefois, la convocation du dialogue dans cette échéance entraverait la tenue de cette marche. Dans ce cas, l’opposition serait obligée de revoir sa position et de donner une chance aux discussions qui auront été ouvertes. Cela permettrait alors d’éviter des accrochages entre pouvoir et opposition dans les rues du pays, avec le risque de déboucher sur une situation inédite et difficile à contrôler.
Mais au sujet du dialogue qui pointe à l’horizon, une autre question reste pendante : il s’agit des participants à ces éventuelles discussions. Cette problématique divise. Alors que la présence de Joseph Kabila et Corneille Nangaa est exigée par l’opposition et les confessions religieuses à la table de discussions. D’ailleurs, devant la diaspora congolaise en Europe, le dimanche 16 août, Martin Fayulu a estimé que la présence de ces deux personnalités est « non négociable » pour connaître les raisons qui les ont poussé à prendre les armes contre le pays. Cependant Le pouvoir s’y oppose farouchement. L’absence du tandem Kabila-Nanga remettrait en cause le caractère inclusif du dialogue, soulignent certains observateurs. Surtout que les deux mènent le jeu sur le plan politique et surtout sécuritaire avec la crise du M23. D’aucuns estiment qu’il n’est donc pas possible de résoudre la crise sécuritaire dans le pays sans ceux qui en sont instigateurs.
Félix Tshisekedi a promis que ce dialogue sera différent de tous les dialogues qu’a connus ce pays. Mais qu’est-ce que cela veut réellement dire ? C’est l’une des premières questions auxquelles le président devra répondre lorsqu’il s’adressera à la Nation. Le dialogue de Sun City reste, par exemple, un exemple vivant. À l’époque, le pays était totalement déchiré par la guerre. On parlait même de « balkaniser » de fait le pays. Mais les différents belligérants avaient accepté de se retrouver autour d’une même table pour aborder les causes du conflit. Ces échanges ont permis reconstruire l’architecture actuelle du pays avec son intégrité territoriale.
Alors, si le prochain dialogue sera différent de tous les autres, les Congolais veulent savoir sur quoi portera cette différence. Est-ce que ce sera au niveau des participants ? Au niveau des questions qui seront discutées ? Dans les décisions qui seront prises ? Félix Tshisekedi veut-il aller plus loin et chercher des solutions à plusieurs problèmes qui se posent aujourd’hui au pays ?
En dehors de l’instabilité sécuritaire et la crise « politique », la RDC est également confrontée aux difficultés économiques et sociales. Le dialogue en question va-t-il permettre de régler toutes ces questions ? C’est difficile à dire pour le moment. Mais si Félix Tshisekedi veut vraiment organiser un dialogue différent, c’est aussi sur ces questions qu’il sera attendu.
Connu pour ses annonces parfois pompeuses, les enjeux actuels ne permettent par à Tshisekedi de s’attarder sur les promesses. Les Congolais attendent une date, les modalités, les participants et les questions qui seront mises sur la table. L’opposition, de son côté, devra aussi dire ce qu’elle attend réellement de ce dialogue et ce qu’elle considère comme ses lignes rouges. Le 15 septembre est donc un rendez-vous important. Si le dialogue est convoqué avant cette date, les opposants pourraient s’apaiser. Mais si rien de concret ne vient, la mobilisation risque de devenir beaucoup plus importante.
Pour l’instant, Félix Tshisekedi a donné un premier signe qui rassure. L’aube pointe à l’horizon, mais le jour n’est pas encore là. Le prochain discours à la Nation permettra de savoir si le pouvoir veut réellement ouvrir ce dialogue ou s’il faudra encore attendre. C’est surtout à partir de ce moment-là que les Congolais pourront voir si le dialogue se concrétise ou s’il s’agit d’une nouvelle promesse du camp présidentiel.












